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Jacques Viala mis en scène par Eric De Starcke
Sa dernière heure de cours est arrivée. 50 minutes pour tout donner à ses élèves: la création du monde, les sciences, la parole…
Mais 50 minutes, c’est trop court pour résumer l’histoire de l’humanité. Alors il ne peut leur expliquer que le propre de l’homme. C’est-à-dire le rire, selon Rabelais.
Mais nous savons aujourd’hui que les grands singes, nos proches parents, rient eux aussi…
Jacques Viala est prodigieux dans ce personnage nommé Jules Spindonègre, professeur réfractaire, militant, incorruptible, incorrigible, ex-délinquant, ex-loubard, ex-cancre lui-même…
Il nous donne envie de redire et de méditer des propos qui sont d'une telle évidence qu'on ne comprend pas pourquoi, dans la réalité, ils ne guident pas la conduite de chacun. Comme ce trait lancé par un président des Etats-Unis à un Congrès frileux de lui allouer un budget pour l'education: «Vous ne voulez pas du savoir !? Essayez donc l'ignorance ! »
Jacques Viala fait vivre son personnage avec un naturel surprenant, reproduit à merveille les attitudes, les gestes, les mouvements, les comportements, les allures, les phrasés d’un prof. Il est tour à tour drôle (on rit beaucoup pendant le déroulement de sa dernière leçon), mordant, agressif, provocateur , émouvant. Il nous révèle à nouveau ses énormes qualités de comédien auxquelles il ajoute celle de dramaturge.
Eric De Staercke a magnifiquement travaillé avec l’acteur dans la plus grande simplicité et une grande discrétion. Tout sonne vrai dans ce spectacle.
Le prof: Ah! vous êtes là! J’ai craint pendant un court instant que vous ne vous soyez égaillés dans la nature, tel un vol d’étourneaux. Merci d’avoir regagné la classe de vous même…C’est une belle manifestation d’autodiscipline… et partant une preuve de maturité. Je suis fier de vous. Une fois n’est pas coutume. Désolé pour ce retard, j’ai été retenu auprès de l’administration… (le Prof entreprend d’effacer le tableau noir) Bien, je voudrais aborder certains problèmes de fond… (Le Prof se retourne et entame une conversation avec un élève du fond de la classe)

Et c’est peut-être vous, vous qui êtes installé dans la salle du théâtre qui vous sentirez visé.
En fait les spectateurs deviennent les élèves de ce Prof qui leur parle pour la dernière fois, car il a atteint l’âge de la retraite et force est donc de les quitter.
Le Prof: Oui , Monsieur Frappart? … Vous n’avez pas eu le temps de recopier les phrases inscrites au tableau… Et peut-on savoir pourquoi? Qu’est-ce que vous avez foutu pendant les dix dernières minutes du cours précédent? … Vous avez révisé … au cas où j’organiserais une interro surprise …Voilà qui sent l’alibi à plein nez … Mais vous avez de la chance , exceptionnellement, je ne me sens pas d’humeur trop répressive…
Portrait d’un professeur réfractaire, militant, incorruptible, ex-délinquant, ex-cancre, dont le rôle est de transmettre aux générations futures « les armes d’instruction massives ». Hommage à ceux qui enseignent « ce que parler veut dire », la pièce de Jacques Viala rappelle que les mots servent surtout à exprimer des idées, des sentiments, à convaincre, à séduire… |