Le propre de l'homme

Château du Karreveld | Grange

dimanche 08 août 2010 (20:45)
lundi 06 septembre 2010 (20:30)


 

Jacques Viala
mis en scène par Eric De Starcke

   

Sa dernière heure de cours est arrivée. 50 minutes pour tout donner à ses élèves: la création du monde, les sciences, la parole…

  

Mais 50 minutes, c’est trop court pour résumer l’histoire de l’humanité. Alors il ne peut leur expliquer que le propre de l’homme. C’est-à-dire le rire, selon Rabelais.

   

Mais nous savons aujourd’hui que les grands singes, nos proches parents, rient eux aussi…

  

    

Jacques Viala est prodigieux dans ce personnage nommé Jules Spindonègre, professeur réfractaire, militant, incorruptible, incorrigible, ex-délinquant, ex-loubard, ex-cancre lui-même…

   

Il nous donne envie de redire et de méditer des propos qui sont d'une telle évidence qu'on ne comprend pas pourquoi, dans la réalité, ils ne guident pas la conduite de chacun. Comme ce trait lancé par un président des Etats-Unis à un Congrès frileux de lui allouer un budget pour l'education: «Vous ne voulez pas du savoir !? Essayez donc l'ignorance ! »

    

Jacques Viala fait vivre son personnage avec un naturel surprenant, reproduit à merveille les attitudes, les gestes, les mouvements, les comportements, les allures, les phrasés d’un prof. Il est tour à tour drôle (on rit beaucoup pendant le déroulement de sa dernière leçon), mordant, agressif, provocateur , émouvant. Il nous révèle à nouveau ses énormes qualités de comédien auxquelles il ajoute celle de dramaturge.

   

Eric De Staercke a magnifiquement travaillé avec l’acteur dans la plus grande simplicité et une grande discrétion. Tout sonne vrai dans ce spectacle.

    

Le prof: Ah! vous êtes là! J’ai craint pendant un court instant que vous ne vous soyez égaillés dans la nature, tel un vol d’étourneaux.
Merci d’avoir regagné la classe de vous même…C’est une belle manifestation d’autodiscipline… et partant une preuve de maturité.
Je suis fier de vous. Une fois n’est pas coutume.
Désolé pour ce retard, j’ai été retenu auprès de l’administration…
(le Prof entreprend d’effacer le tableau noir)
Bien, je voudrais aborder certains problèmes de fond…
(Le Prof se retourne et entame une conversation avec un élève du fond de la classe)

  

     

Et c’est peut-être vous, vous qui êtes installé dans la salle du théâtre qui vous sentirez visé.

En fait les spectateurs deviennent les élèves de ce Prof qui leur parle pour la dernière fois, car il a atteint l’âge de la retraite et force est donc de les quitter.

  

Le Prof: Oui , Monsieur Frappart? … Vous n’avez pas eu le temps de recopier les phrases inscrites au tableau… Et peut-on savoir pourquoi? Qu’est-ce que vous avez foutu pendant les dix dernières minutes du cours précédent? … Vous avez révisé … au cas où j’organiserais une interro surprise …Voilà qui sent l’alibi à plein nez … Mais vous avez de la chance , exceptionnellement, je ne me sens pas d’humeur trop répressive…

   

Portrait d’un professeur réfractaire, militant, incorruptible, ex-délinquant, ex-cancre, dont le rôle est de transmettre aux générations futures « les armes d’instruction massives ». Hommage à ceux qui enseignent « ce que parler veut dire », la pièce de Jacques Viala rappelle que les mots servent surtout à exprimer des idées, des sentiments, à convaincre, à séduire…

    

Au détour de citations de Rimbaud, de Victor Hugo ou encore du chanteur Renaud, il passe du coq à l'âne, de l'homo sapiens aux chiasmes, de la linguistique au difficile, et de moins en moins respecté, métier d'enseignant.

On soupçonne d'ailleurs l'assemblée d'abriter de nombreux profs à en juger par les nombreux gloussements et applaudissements qui ponctuent les clins d'œil de Viala à leur corporation.

La mise en scène tonique d'Eric De Staercke dope cette pièce à l'allure forcément didactique. Loin de la conférence figée, Jacques Viala jongle avec un squelette devenu marionnette et des éponges transformées en cerveau, distribue des copies dans le public à coups de commentaires cocasses et manie la règle adroitement, jamais pour nous taper sur les doigts, rassurez-vous.

(Le Soir)

      

Ode au pédagogue... 
Une savoureuse dernière leçon de et par Jacques Viala. Truffé de références, "
Le propre de l'homme" est une ode à la langue française où l'auteur/interprète transmet son enthousiasme même si pointe une goutte d'amertume en citant Aragon : "Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard."

(La Libre Belgique)

 

Si vous avez la nostalgie du professeur idéal, courez voir ce spectacle mis en scène par Eric de Staercke ! Installez-vous dans cette salle de classe, soyez le potache près du radiateur, le chahuteur, le faux paresseux, le studieux, la délurée sexy ou d'autres encore, étudiants aux noms d'Afrique ou d'Orient à qui successivement s'adresse le professeur Viala.

Ne boudez pas cette occasion de retourner sur les bancs de l'école, emmenez-y vos enfants, vos amis, vos parents, toutes générations confondues !Ils aimeront ce professeur de rêve !

(Demandez le programme)

   

Rare et précieux, ce style de prof je vous souhaite d’en avoir connu.
Si vous n’avez pas vécu ce petit bonheur scolaire, je ne peux que vous convier à découvrir Monsieur le Professeur Jacques Viala.
Sous la houlette de son metteur en scène, Eric De Staercke, il nous offre un texte de son cru et une prestation remarquable.

Un spectacle jubilatoire à découvrir de toute urgence.

(Plaisir d'offrir)