10 spectacles

 

 


Lîle des esclaves

de Marivaux


Oscar et la Dame Rose

d'Eric-Emmanuel Schmitt


Le Mariage de Figaro

de Beaumarchais


Le Silence des Mères

de Pietro Pizzuti


Monsieur Ibrahim

et les fleurs du Coran

d'Eric-Emmanuel Schmitt


Un petit jeu sans conséquence

de Dell et Sibleyras


Où sont les hommes?

de Patrice Mincke et Nicolas Dubois


Musée Haut - Musée Bas

de Jean-Michel Ribes


Histoire du Tigre

et autres histoires

de Dario Fo


L’Ombre-Orchestre

de Xavier Mortimer

 

Oscar et la Dame Rose

d'Eric-Emmanuel Schmitt

«Pour moi, jouer Oscar et la Dame Rose, c'est un cadeau. Ce que je trouve absolument superbe dans cette pièce, c'est que selon moi, ce n'est pas un conte, mais une parabole. Dans les deux sens du terme. C'est d'abord un récit qui donne un enseignement. Puis, c'est aussi la parabole de la vie elle-même, depuis la naissance jusqu'à la mort. C'est une leçon magnifique. Je crois que c'est la raison pour laquelle ce texte peut toucher tout le monde et qu'il est aussi bouleversant. Et en plus, il est drôle!»

Jacqueline Bir

 

 

C'est l'histoire d'une complicité entre un petit garçon atteint de leucémie et une femme qui a l'âge d'être mamie. Au départ un roman d'E-E Schmitt (vendu à plus de 25 millions d'exemplaires et traduit dans 25 langues) Oscar et la Dame Rose est désormais un spectacle. Et quel spectacle!

 

Un hymne à la Vie


 

Texte

Eric-Emmanuel Schmitt

   

Equipe artistique

Daniela Bisconti

Metteur en scène

Vincent Lemaire

Scénographie
Alain Wathieu Costumes
Nathalie Borlée Lumières
 

Avec

Jacqueline Bir

 

Un spectacle créé par l’ADAC et produit par AAC


Extraits

 

Cher Dieu,

Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans; je te préviens tout de suite: j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu’écrire c’est guirlande, pompon risette, ruban, et cetera . Écrire , c’est rien qu’un mensonge qui enjolive. Un truc d’adultes.

 

*****

 

- C’est quoi votre âge , Mamie-Rose ?

- Tu peux retenir les nombres à treize chiffres, mon petit Oscar ?

- Oh! Vous charriez !

- Non. Il ne faut surtout pas qu’on sache mon âge ici sinon je me fais chasser et nous ne nous verrons plus.

- Pourquoi?

- Je suis là en contrebande. Il y a un âge limite pour être dame rose. Et je l’ai largement dépassé .

- Vous êtes périmée ? 

- Oui.

- Comme un yaourt?

- Chut!

- O.K. Je dirai rien!

 

*****

 

- Mamie Rose, j’ai l’impression que personne ne me dit que je vais mourir.

- Pourquoi veux-tu qu’on te le dise si tu le sais, Oscar!

- J’ai l’impression Mamie-Rose, qu’on a inventé un autre hôpital que celui qui existe vraiment. On fait comme si on ne venait à l’hôpital que pour guérir. Alors qu’on y vient aussi pour mourir.

- Tu as raison, Oscar. Et je crois qu’on fait la même erreur pour la vie. Nous oublions que la vie est fragile, friable, éphémère. Nous faisons tous semblant d’être immortels

- Elle est ratée mon opération Mamie-Rose.

 

 

*****

 

- Si tu écrivais à Dieu, Oscar?

- Ah non pas vous, Mamie Rose.

- Quoi, pas moi?

- Pas vous! Je croyais que vous n’étiez pas menteuse.

- Mais je ne te mens pas.

- Alors pourquoi vous me parlez de Dieu? On m’a déjà fait le coup du Père Noël. Une fois suffit!

- Oscar, il n’y a aucun rapport entre Dieu et le Père Noël.

- Si. Pareil. Bourrage de crâne et compagnie.

- Est-ce que tu imagines que moi, une ancienne catcheuse, cent soixante tournois gagnés sur cent soixante-cinq, dont quarante-trois par K.O., l’Étrangleuse du Languedoc, je puisse croire une seconde au Père Noël?

- Non.

- Eh bien, je ne crois pas au Père Noël mais je crois en Dieu. Voilà.

- Et pourquoi est-ce que j’écrirais à Dieu?

- Tu te sentirais moins seul.

- Moins seul avec quelqu’un qui n’existe pas?

- Fais-le exister…Chaque fois que tu croiras en lui, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors, il te fera du bien.

 

*****

 

- Quel jour sommes-nous, Oscar?

- Cette idée! Vous ne voyez pas mon calendrier? On est le 19 décembre.

- Dans mon pays, Oscar, il y a une légende qui prétend que, durant les douze derniers jours de l’an, on peut deviner le temps qu’il fera dans les douze mois de l’année à venir.

- C’est vrai?

- C’est une légende. La légende des douze jours divinatoires. Je voudrais qu’on y joue toi et moi. Enfin, surtout toi. A partir d’aujourd’hui, tu observeras chaque jour en te disant que ce jour compte pour dix ans.

- Dix ans?

- Oui. Un jour: dix ans.

- Alors dans douze jours, j’aurai cent trente ans ! - Oui. Tu te rends compte?

 

 

*****

 

- Cher Dieu, aujourd’hui j’ai vécu mon adolescence…

- Cher Dieu , ça y st , je suis marié. Nous sommes le 21 décembre, je marche vers mes trente ans…

- Cher Dieu, aujourd’hui, j’ai eu de quarante à cinquante ans et je ne fais que des conneries…

- Cher Dieu, j’ai cent ans. Comme Mamie Rose. Je dors beaucoup mais je me sens bien.

 

*****

 

- Cher Dieu , cent dix ans. Ca fait beaucoup. Je crois que… «Seul Dieu a le droit de me réveiller. »

  


 

 Jacqueline Bir

La force fragile

 

La comédienne reprend le spectacle «Oscar et la Dame Rose», d'après le récit d' Eric - Emmanuel Schmitt. Une composition où elle joue tous les protagonistes. Après plus de 100 représenta- tions, le public afflue toujours.
 

ENTRETIEN

Voici trois ans et demi, en septembre 2002, la Ville de Bruxelles rendait un vibrant hommage à Jacqueline Bir pour ses cinquante ans de carrière.

Depuis cette belle soirée au Théâtre du Parc, la comédienne a perdu son mari, le comédien et metteur en scène Claude Volter, et, plus tragiquement encore, son fils Philippe Volter, homme de théâtre et acteur de cinéma.

Face à ces rudes épreuves, elle a choisi de vivre et de travailler, non pour oublier, mais pour transcender la souffrance.

 

Jacqueline Bir a créé en Belgique Oscar et la Dame Rose d'après Eric-Emmanuel Schmitt, une bouleversante composition où elle joue tous les protagonistes du récit, sous l'oeil complice et rigoureux, lui aussi, de Daniela Bisconti. Les Prix du Théâtre 2005 n'ont pas manqué de distinguer ce «seule en scène» mémorable, qui a déjà connu plus de cent représentations. En tournée en Wallonie jusqu'au 26 février, «Oscar» sera à la salle M du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles à partir du 15 mars.

 

  

Pourquoi ce spectacle-ci connaît-il de tels prolongements ?

D'abord et tout simplement parce qu'il y a encore beaucoup de gens qui veulent le voir. C'est sans doute dommage, mais il est un fait qu'il n'y a que dans les spectacles privés qu'on peut se permettre une aussi longue exploitation. Dans les théâtres subventionnés, les abonnements obligent à cesser les représentations et à donner le spectacle suivant. J'ai connu une époque où le public était bien plus nombreux : on jouait en matinée et en soirée le samedi et le dimanche. Je suppose qu'aujourd'hui, les spectateurs sont sollicités par tellement de choses: télévision, internet, abondance de l'offre théâtrale elle-même...

  

Pourquoi dites-vous que c'est un des spectacles où il y a le plus de vous-même ?

Avant ma naissance, ma mère a eu un petit garçon mort-né et on lui a dit qu'elle ne pourrait plus avoir d'enfant. Et pourtant, je suis née... J'ai su très vite qu'elle regrettait cet enfant disparu, qu'elle aurait sans doute préféré un garçon. D'ailleurs, elle m'appelait toujours Jacques... Alors pour moi, Oscar est ce petit garçon que ma mère n'a pas eu : il vit à travers moi et à travers le personnage de Schmitt. En ce sens, c'est un des rôles les plus autobiographiques de ma carrière.

 

«IL NE S'AGIT PAS DE LIRE OU DE DIRE, MAIS D'INTERPRÉTER DE VRAIS PERSONNAGES»

 

Un spectacle sur la mort d'un enfant, ce n'est pas exactement accrocheur a priori...

«Oscar» n'est pas un spectacle sur la mort, mais sur la vie dans le regard de la mort. Ce qu'il y a de magnifique chez le petit Oscar, c'est le mélange de force et de fragilité qui se dégage de lui: il puise dans son drame la force de susciter l'espérance chez ses proches... L'espérance est pour moi la vertu fondamentale et c'est précisément de cela que parle Schmitt. Tous les matins, au réveil, je m'émerveille d'être encore là, capable d'affronter le monde et de faire des choses. Les morts vivent encore jusqu'à tant qu'on les ait oubliés. Tant qu'il y a de la mémoire, il y a de la vie. Le bonheur, ce sont des instants fugaces; mais on ne peut pas passer sa vie sur la plage. Il y a la curiosité qui nous pousse à aller vers le monde. Oui, je crois à la destinée, je crois que nous sommes largement programmés. L'important est de bien remplir sa vie, de faire le meilleur, pas nécessairement d'en tirer le meilleur...

 

Pourquoi avez-vous désiré être dirigée par une femme pour ce rôle?

C'est une écriture très féminine, comme tout ce que produit Schmitt d'ailleurs. J'ai su tout de suite que je voulais être dirigée par une femme pour ce texte - et c'est la première fois que cela se produit dans ma carrière! Certes, ce n'est pas écrit directement pour le théâtre, mais il y pensait très certainement. D'ailleurs, «Oscar» est dédié à Danielle Darrieux... Cela dit, je ne pense pas qu'il ait jamais imaginé que ce serait montré de la manière dont nous l'avons fait. Daniela Bisconti et moi sommes entrées tout de suite en complicité. Nous étions d'emblée d'accord pour bannir toute sensiblerie, sentimentalisme ou pathos. Je joue cela comme j'ai joué «Love Letters» naguère: il ne s'agit pas de lire ou de dire, mais d'interpréter de vrais personnages.

 

Avez-vous des regrets dans votre carrière?

J'ai peu joué Marivaux, je n'avais pas le physique pour cela. Et peut-être pas l'inclination, au fond. Mais aujourd'hui, je trouve que c'est un théâtre délicieux, très subtil, écrit dans une langue sublime. La pièce que j'aurais vraiment voulu jouer à une époque, c'est «Se trouver» de Pirandello: j'en ai parlé à de nombreux directeurs de théâtre et metteurs en scène, mais personne ne s'intéressait à cela. Maintenant, il est trop tard, je n'ai plus l'âge du rôle.

 

La Libre Belgique - Février 2006