Le Malade Imaginaire

Château du Karreveld | en plein air

mardi 13 juillet 2010 (21:00)
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dimanche 29 août 2010 (20:45)
lundi 30 août 2010 (20:45)


Presse

Quand Molière prend l'air
“Le Malade imaginaire” de Daniel Hanssens
est empli d’espièlerie enfantine.
   
La connaît-on assez et l’a-t-on presque trop vue, l’ultime comédie ballet de Molière dont il fut l’interprète principal et qui lui fit quitter le plateau à la quatrième représentation, le soir du 17 février 1673, pour expirer quelques heures plus tard? Mardi soir, en ouverture du 12e festival Bruxellons au château du Karreveld à Molenbeek, Daniel Hanssens et ses complices sont parvenus à nous la faire revivre avec une joie simple et sans apprêt.

 

Son Argan - rôle dont il rêvait au point de donner son nom à sa maison de production - est un gamin angoissé, égoïste et capricieux: "Drelin, drelin, drelin : ah, mon Dieu ! ils me laisseront ici mourir". Ce parti pris d’enfance sert admirablement la pièce, lui conférant une fraîcheur et une spontanéité qui font passer l’humour scatologique de la farce et compensent l’âpreté de son propos. Car de toutes les charges moliéresques contre la médecine, celle-ci est la plus radicale : "Je ne vois rien de plus ridicule qu’un homme qui se veut mêler d’en guérir un autre", proclame le frère d’Argan.

A l’instar du "Bourgeois gentilhomme", sa manie morbide et régressive le pousse, entre deux lavements, à marier sa fille à un parti qui lui convient à lui : un médecin. C’est le ressort de l’action: comment Angélique, éprise du beau Cléante, échappera-t-elle à son terrible dilemme, épouser le repoussant Diafoirus ou entrer au couvent? Forte de quatorze comédiens, la distribution joue à l’unisson comme si elle avait déjà cinquante représentations à son actif. Le rythme tient tout au long de ces deux heures trente de spectacle (entracte compris). Principale adversaire et "sparing partner" d’Argan, la servante Toinette de Marie-Hélène Remacle a le punch et le répondant qu’il faut. L’Angélique d’Alice Moons joue l’émotion et évite le piège de la mièvrerie, tout comme son soupirant joué par Julien de Visscher.

 

Confondante de drôlerie et de justesse, la Béline inattendue de Valérie Marchant fait carrément regretter que Molière ne lui ait pas écrit une scène ou deux de plus. Michel Hinderyckx et Simon Wauters en Diafoirus père et fils constituent un des grands moments burlesques de la soirée. Dans le même registre, le Monsieur Purgon imprécateur de Jean-Paul Dermont et l’apothicaire Fleurant de Pierre Geranio ne sont pas en reste. Dans le rôle du frère de l’hypocondriaque, Alexandre von Sivers porte avec autorité l’esprit et la belle langue de Molière, résumant parfaitement l’acrimonie et les désillusions de l’auteur à l’endroit des "momeries" des "sçavantissimi doctores".

Saluons enfin dans cette réalisation sans faute la scénographie simple et efficace de Francesco Doleo, les costumes modernisés aux tons acidulés de Perrine Hennen et la chorégraphie finale d’Antoine Guillaume, sans oublier les ballets lumineux de Laurent Kaye. Autant d’éléments qui concourent activement à la vivacité et à la pertinence de cette comédie qui affiche tout de même ses 337 ans d’âge.

 

Philip Tirard - La Libre Belgique - 15 juillet 2010

  


 

Un «Malade Imaginaire»
drôlement contagieux

  

«Le Malade Imaginaire» passe comme un sirop pour la toux: c'est sucré et ça fait du bien. On s'y soigne par le rire, comme le reste de la programmation au Karreveld, très comédie. Qui a dit que Bruxelles était mort l'été ?

  

Ce Malade Imaginaire, on vous le prescrit d'urgence et sans ordonnance!

   

Aucune contagion à craindre, à part des accès de rires et une bonne humeur plus bouillonnante qu'un accès de fièvre. Efficace comme un antidépresseur, la mise en scène de Daniel Hanssens vous détend pleinement, l'esprit mais aussi le corps puisque le festival Bruxellons ! inaugure avec cette comédie médicinale des gradins confortables.

 

Bien calé au fond de son siège, on observe l'hypocondriaque Argan faire le compte de ses purges, saignées, et clystères quotidiens. On connaît par cœur l'intrigue de cet indémodable classique de Molière : Argan, convaincu de souffrir de tous les maux, veut marier sa fille Angélique au fils du médecin Diafoirus, afin de mieux se faire soigner chez lui. Mais Angélique ne l'entend pas de cette oreille, elle qui a craqué pour Cléante. Le salut viendra de Toinette, la servante, qui manœuvre pour exaucer Angélique et surtout piéger Béline, la belle-mère cupide et intéressée.
 

Daniel Hanssens, qui endosse le souffreteux Argan, a pris le parti d'engraisser la farce sans complexe, jouant sur les caractéristiques «éruptives» de son personnage gavé, pour sa santé, de pruneaux et de bouillons. Ses «vents» annoncent son arrivée, sa production de bile et l'issue de ses diarrhées sont largement, voire cérémonieusement, évoquées.

  

Outre ces ressorts scatologiques, le jeu des comédiens met lui aussi le paquet. Marie-Hélène Remacle est le pivot irrésistible de ce tourbillon de quiproquos dans le rôle de la servante comploteuse, vibrionnant d'un personnage à l'autre pour dévoiler les hypocrisies et les égoïsmes. Valérie Marchant explose elle aussi dans le rôle de Béline, avec son snobisme outré, ses câlineries perfides à ce mari dont elle espère vite hériter, et sa fourberie enfin mise au jour. Simon Wauters affole à son tour le riromètre en Diafoirus fils, autiste boutonneux et répugnant, promis à Angélique.

  

Une soirée savoureuse

  

On ne peut détailler ici la dizaine de comédiens. Disons juste que tous sont au diapason d'une comédie vitaminée, qui n'hésite pas à prendre des libertés avec la langue de Molière. Si la première partie, la plus farce, file à toute allure, la deuxième, après l'entracte, faiblit quelque peu dans son rythme tandis que se déploie la critique de Molière sur la médecine de son temps et les charlatans de tous temps, sur ces prétendus savants qui cachent le vide de leurs connaissances pratiques sous un vernis de latin. Malgré cette petite baisse de régime, la soirée reste très savoureuse: on rit à s'en décrocher l'excès de bile, ce qui n'aurait pas déplu à Argan!

   

CATHERINE MAKEREEL - Le Soir - 15 juillet 2010

 


 

Un «Malade Imaginaire»
drôlement contagieux

  

Le festival bruxellois s'est ouvert mardi avec «Le malade imaginaire», de Molière, mis en scène par Daniel Hanssens. Sur son trône géant, Argan (Hanssens lui-même, excellent de malice et gamineries) dicte saloi d'hypocondriaque à toute sa famille. Pour être (encore plus) aux petits soins, il veut marier sa fille Angélique au neveu du médecin Diafoirus. Cheveux gras fendus d'une raie, moustache fine, pantalon trop court, mal boutonné, ce neveu décérébré s'en va réciter ses compliments en confondant fille et belle-mère. Le jeune Simon Wauters est à mourir de rire et le duo qu'il forme avec Michel Hinderyckx (M. Diafoirus) est l'un des meilleurs morceaux de ce spectacle bien enlevé. Excessive et maniérée, la marâtre (Valérie Marchant) en jette, tandis que Marie-Hélène Remacle fait de Toinette — le ressort de la pièce — une servante impertinente sans forcer le trait de ce type de personnage si habituel chez Molière.

 

CECILE BERTHAUD - L'Echo - 20 juillet 2010