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Une envie d'écriture
démangeait Valérie Lemaître depuis toujours. «Kontainer Kats» est un
texte de théâtre contemporain. Ecrit par Valérie Lemaître mais mûri
par les cinq comédiennes, ce texte parle merveilleusement des
femmes.
Cinq femmes...
Animer une troupe de quatorze personnes n’est pas toujours chose
aisée. Economiquement, il est difficile de créer des spectacles avec
un tel nombre de comédiens. C’est pourquoi, il y a deux ans, la
Compagnie Jean Bertoche a décidé travailler pendant deux mois et
demi en se divisant en deux afin de créer deux spectacles à cinq
personnages. Mais comment couper une troupe en deux groupes? Et bien
tout bêtement en opérant une séparation des sexes. Non par sexisme.
Simplement. Comme ça, par envie d'avoir la voix des hommes et la
voix des femmes en deux temps, sur un plateau de théâtre. Les hommes
allaient créer «Les Saisis» et les femmes «Kontainer Kats».
Plusieurs soirs, les deux spectacles ont été joués d’affilée. Comme
un test. Ou une petite expérience. Notamment pour vivre ensemble ces
quelques minutes inoubliables, à l'entracte, où les gens de Bulles
Production et les acteurs de la Compagnie Jean Bertoche changeaient
le décor et les gradins de place.
... avec des
flingues
Mais revenons aux Kats. Cinq filles se réunirent donc pour mijoter
un spectacle. L’inspiration arriva très vite : écrire un spectacle
où les femmes pourraient jouer au petit jeu du flingue et de la
pègre, comme les hommes peuvent le faire dans les films de Tarantino
ou de Scorsese. Elles avaient déjà le titre «Kontainer Kats»,
parodie du titre «Reservoir Dogs» de Tarantino. C'était comme une
idée fixe ou l'envie d'essayer quelque chose que l'on ne ferait sans
doute jamais ailleurs.
Et puis vint la lecture d’un article de journal décrivant un groupe
de femmes ayant passé dix ans à dévaliser des banques, déguisées en
hommes. La police cherchant des hommes, évidemment, elle ne furent
pas inquiétées. Un autre article de presse guida leur inspiration :
en Italie, certaines affaires de Parrains de la Mafia, sont reprises
en main par leurs femmes respectives durant leur détention. Les
«Kats» existaient donc. Restait à les transposer dans notre petite
Belgique.
Mettre des femmes dans une telle situation peut paraître étrange, ou
du moins inattendu, mais il était possible de toucher ainsi à un
univers décalé, où les personnages sont des «Hors-La-Loi», des
«exclues» de la société qui réagissent de manière violente par
rapport à un monde qui les a oublié. Paradoxalement, elles peuvent
apporter le rire avec leurs flingues. Mais, surtout, ces femmes sont
crédibles. Attachantes, mêmes. Elles nous racontent leur vie, si
différente de la nôtre.
"Kontainer Kats",
un texte contemporain
Une envie d'écriture démangeait Valérie Lemaître depuis toujours. «Kontainer
Kats» est un texte de théâtre contemporain. Ecrit par Valérie
Lemaître mais mûri par les cinq comédiennes, ce texte parle
merveilleusement des femmes. Pas de LA femme, sorte de spécimen
unique et hypothétique de musée, qui rassure l’homme. Non les
femmes. D’aujourd’hui. Et d’ici, si cela a encore un sens.
La situation de départ de «Reservoir Dogs» pouvait être un tremplin
intéressant pour la scène, puisqu'il s'agissait d'un huis-clos. Et
le huis-clos au théâtre, c'est comme le gros plan au cinéma. Il
permet, à la loupe, de scruter le développement des personnages.
Dans ce lieu unique, on s'explique, on se raconte, on se déchire, on
tente de s'approcher, on se replie, on vit à quelques centimètre de
l'autre parce que la situation d'enfermement ne donne pas d'autres
choix.
L'écriture
L'écriture s’est faite de manière itérative. Valérie Lemaître
présenta d’abord les premières bribes d'une histoire, de personnages
et de dialogues. Ces pages furent très bien reçues par les quatre
autres comédiennes qui l’encouragèrent vivement à développer la
suite. En un mois, elles se virent quatre fois pour lire ce que
Valérie avait écrit et des discussions reprenaient. Valérie rentrait
chez elle, la tête pleine de bourdonnements, et retravaillait ce qui
semblait raté, tenant compte des remarques des actrices et de
l'impression que la lecture avait laissée, tout en se préparant à
leur apporter la suite pour la semaine suivante.
Puis vint l'heure des répétitions où il fallait à chacune endosser
la peau de son personnage. Sans metteur en scène, la tâche pouvait
paraître ardue, mais, faute de temps, elles ne se sont pas posés
trop de questions (nous n'avions pas le temps!). Elles ont foncé,
têtes baissées. Une seule certitude : il fallait que ces femmes de
la rue parlent chacune «leur langue», pas un beau français de
théâtre mais un langage bien à elles, empreint des racines
différentes dont elles étaient issues. Pour beaucoup, à la Compagnie
Jean Bertoche, la réussite de cette mise en scène collective à l’Ex-Voto
demeure encore un mystère.
Ecrire sur le ton de la comédie, m'apparaît aujourd'hui comme une
nécessité, non pas que je veuille me spécialiser dans le genre. Le
plus riche pour moi reste le mélange des genres. Je crois juste que
c'est un bon créneau pour toucher beaucoup de gens et pour peindre
notre temps. Mais d'autres l'ont dit avant moi.
Je reste pourtant une adepte de la larme ou de la remise en question
des sujets brûlants. Je m'étonne seulement que la comédie
contemporaine reste pauvre en écriture, comme un art mineur.
Il y a trois cent ans, c’était pareil.
Valérie Lemaître
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