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Débarqués sur une île inconnue, deux couples naufragés - deux maîtres et leurs deux esclaves - en découvrent les mœurs sociales surprenantes. Ici, autrefois, on tuait les maîtres pour libérer les esclaves mais ce temps est révolu... Les mœurs se sont adoucies.

Trivelin, un habitant de l’île devant organiser le séjour de nos quatre personnages, leur explique la règle désormais en vigueur: l’inversion des rôles. Les maîtres deviennent esclaves de leurs anciens larbins.
Pour Marivaux, il s’agit clairement d’un divertissement cruel, comme le prologue le montre, exposant une sorte de règle du jeu. Puis les choses s’enveniment. Les masques à peine tombés, la tyrannie change de camp.

Mais en fait, Marivaux pose directement une question incroyablement actuelle:
“A l’aube du troisième millénaire, n’est-il pas temps de revenir à l’utopie? “
C’est–à-dire de revenir aux questions fondatrices des sociétés: Comment être ensemble? Quelle société juste? Comment se comporter, quelle attitude adopter?
"Ce sont les saturnales de l'âge d'or. Cette petite pièce de Marivaux est presque à l'avance une bergerie révolutionnaire de 1792." Sainte-Beuve au sujet de "L'île aux Esclaves"
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Texte
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Marivaux
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Equipe artistique
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Annette Gatta
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Jessica Gazon
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Christophe Lambert
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Thibaut Neve
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Othmane Moumen
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Châtier les mœurs en riant...
Les spectateurs seront invités à prendre leur ticket pour un voyage insolite vers une histoire à la fois drôle et cruelle.
Tous embarqués sur le même navire, du côté de la vie “réelle”, c’est après le naufrage que cette vie, passée sous la loupe du théâtre, apparaît sous les traits nouveaux et inversés du jeu, de la scène.
Un damier en escalier, un échiquier-miroir de la représentation, figure “L’île”.
Les personnages, entre deux époques, dans l’ici et l’ailleurs, dans le maintenant et dans l’autrefois, traumatisés par l’accident, avancent, comme des pièces de jeu d’échec, manipulés par le maîtres de l’île.
Trivelin, sorte de double de Marivaux lui-même, fait se livrer ces personnages-cobayes à d’étranges combats, de burlesques moqueries, et de drôles de rencontres. Il remet en scène les relations de pouvoir et de domination, en termes de force, d’autorité, et de désir, avec une cible privilégiée et terriblement actuelle: la société qui fustige; celle du paraître, de la vanité, de la séduction et du spectacle.

Comment se comporter, quelle attitude adopter, quand nous sommes contraints de vivre avec le nom, les habits et les attributs de l’Autre? Comment passer à travers les épreuves risibles et cruelles d’une République où tout est inversé?
Dans L’Ile des esclaves, la réalisation de cette épreuve, infligée autant aux maîtres qu’aux esclaves, se fait sous nos yeux, avec jubilation et ironie, sans en évacuer les obstacles et les pièges.
Les personnages, comme miroir des spectateurs, au delà du combat social, se battent avec leur condition d’êtres. Tout ce processus reste fidèle à la fameuse devise de Molière: “castigare ridendo mores”, châtier les mœurs en riant... La soif du pouvoir, la violence, l’intérêt personnel, la vengeance, le refus de l’autre, le jusqu'auboutisme, la lâcheté, l’injustice, ... sont prétextes à faire rire, pour d’autant mieux critiquer.

Il en sort une comédie onirique irrésistible, entre l’implicite de la suggestion et l’explicite carnavalesque, entre l’esquisse légère et la caricature appuyée. La gravité des enjeux de cette pièce, annonciatrice de la Révolution, mais aussi extraordinairement actuelle, sont sans cesse désamorcés par la parodie ludique, la dimension farcesque de cette île enchantée.
Flore Vanhulst - Metteur en scène
Un voyage insolite
Vous, spectateurs, serez invités à prendre un ticket pour un voyage insolite vers une histoire à la fois drôle et cruelle.
Tous embarqués sur le même navire, du côté de la vie “réelle”, c'est après le naufrage que cette vie, passée sous la loupe du théâtre, vous apparaîtra sous les traits nouveaux et inversés du jeu, de la scène. Un damier en escalier, un échiquier-miroir de la représentation, figure “L'île”. Les personnages, entre deux époques, dans l'ici et l'ailleurs, dans le maintenant et dans l'autrefois, traumatisés par l'accident, avancent, comme des pièces de jeu d'échec, manipulés par le maîtres de l'île.
Trivelin, sorte de double de Marivaux lui-même, fait se livrer ces personnages-cobayes à d'étranges combats, de burlesques moqueries, et de drôles de rencontres.
Il remet en scène les relations de pouvoir et de domination, en termes de force, d'autorité, et de désir, avec une cible privilégiée et terriblement actuelle: la société qui fustige; celle du paraître, de la vanité, de la séduction et du spectacle.

Une aversion pour les masques
Issu de la bourgeoisie ou de la petite noblesse de province (Riom), Pierre Carlet (la particule qu'il prendra par la suite, « de Chamblain de Marivaux », vient sans doute des terres que son père avait achetées) a tôt préféré les salons mondains à ses études de droit. Mais cette expérience pourrait bien avoir nourri un ressentiment tenace contre les masques dont s'affuble cette société, particulièrement les femmes. Témoin ce texte fondamental où Marivaux détermine l'origine de son aversion pour la coquetterie et de son entreprise littéraire.
"A l'âge de dix-sept ans, je m'attachai à une jeune demoiselle, à qui je dois le genre de vie que j'embrassai. Je n'étais pas mal fait alors, j'avais l'humeur douce et les manières tendres. La sagesse, que je remarquais dans cette fille m'avait rendu sensible à sa beauté. Je lui trouvais d'ailleurs tant d'indifférence pour ses charmes, que j'aurais juré qu'elle les ignorait. Que j'étais simple dans ce temps-là ! Quel plaisir ! disais-je en moi-même, si je puis me faire aimer d'une fille qui ne souhaite pas avoir d'amants, puisqu'elle est belle sans y prendre garde, et que, par conséquent, elle n'est pas coquette. Jamais je ne me séparais d'elle que ma tendre surprise n'augmentât de voir tant de grâces dans un objet qui ne s'en estimait pas davantage. Etait-elle assise ou debout ? parlait-elle ou marchait-elle ? il me semblait toujours qu'elle n'y entendait point finesse, et qu'elle ne songeait à rien moins qu'à être ce qu'elle était.
Un jour qu'à la campagne je venais de la quitter, un gant que j'avais oublié fit que je retournai sur mes pas pour l'aller chercher; j'aperçus la belle de loin, qui se regardait dans un miroir, et je remarquai, à mon grand étonnement, qu'elle s'y représentait à elle-même dans tous les sens où durant notre entretien j'avais vu son visage ; et il se trouvait que ses airs de physionomie que j'avais cru si naïfs n'étaient, à bien les nommer, que des tours de gibecière; je jugeais de loin que sa vanité en adoptait quelques-uns, qu'elle en réformait d'autres ; c'était de petites façons, qu'on aurait pu noter, et qu'une femme aurait pu apprendre comme un air de musique. Je tremblai du péril que j'aurais couru si j'avais eu le malheur d'essuyer encore de bonne foi ses friponneries, au point de perfection où son habileté les portait ; mais je l'avais crue naturelle et ne l'avais aimée que sur ce pied-là, de sorte que mon amour cessa tout d'un coup, comme si mon cœur ne s'était attendri que sous condition. Elle m'aperçut à son tour dans son miroir, et rougit. Pour moi, j'entrai en riant, et ramassant mon gant : Ah ! Mademoiselle, je vous demande pardon, lui dis-je, d'avoir mis jusqu'ici sur le compte de la nature des appas dont tout l'honneur n'est dû qu'à votre industrie. Qu'est-ce que c'est ? que signifie ce discours ? me répondit-elle. Vous parlerai-je plus franchement ? lui dis-je, je viens de voir les machines de l'Opéra. Il me divertira toujours, mais il me touchera moins. Je sortis là-dessus, et c'est de cette aventure que naquit en moi cette misanthropie qui ne m'a point quitté, et qui m'a fait passer ma vie à examiner les hommes, et à m'amuser de mes réflexions."
MARIVAUX,
Le Spectateur français, première feuille.
Anecdote vécue ou variation sur un topos, cet épisode placé au début du Spectateur français se veut en tout cas fondateur: il signale, même à travers la fiction, un traumatisme originel d'où toute une œuvre serait née.
Dans quelle optique plaçons-nous la pièce en vous livrant cette confidence ?
Le mot "misanthropie" employé par Marivaux appellera peut-être le souvenir de la pièce de Molière Le Misanthrope, où le personnage central, Alceste, est aussi en butte à une société hypocrite. Dans son premier placet sur Tartuffe, Molière a rappelé la devise latine du poète Jean-Baptiste Senteul "Castigat ridendo mores" (elle châtie les mœurs en riant) pour définir le but de la comédie : « Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant; mais on ne veut point être ridicule.» (préface de Tartuffe). |