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Le nouveau
cirque a systématiquement battu en brèche tous ces codes:
l’unité élémentaire n’est plus le numéro mais un format plus
petit, le geste.
La
combinaison des gestes donne des «tableaux», qui n’ont aucune
durée standard. La succession de gestes et de tableaux n’est
plus le seul principe constructif: plusieurs tableaux peuvent
avoir lieu simultanément, peuvent être mis sur le même plan,
d’autres rester en arrière. Parfois, le spectateur est dans
l’impossibilité de tout voir ; il est alors contraint de
choisir son point de vue.

Clément
Marty, dit Bartabas, fondateur de la troupe de théâtre
équestre Zingaro, interprète Éclipse (1997), dans le
cadre du 51e Festival d'Avignon.
Les tableaux
peuvent être liés selon divers principes comme celui du récit
ou de la trame poétique, et par différents procédés : le
tuilage qui fait commencer un tableau avant l’achèvement du
précédent, le couperet qui interrompt un tableau comme
prématurément, la préfiguration qui installe au cœur d’un
tableau des signes développés dans un tableau ultérieur. D’une
certaine manière, la composition de cirque s’apparente à la
fois à la musique et au théâtre. L’enchaînement ne va plus
crescendo dans la difficulté. La virtuosité se présente comme
une fonction dramatique parmi d’autres. L’applaudissement
n’est jamais sollicité, la mise en scène tentant parfois même
de l’interdire. Les artistes incarnent des personnages. Il
peut s’agir de simples silhouettes demeurant égales à
elles-mêmes durant toute la représentation, et auxquelles
n’arrive nulle histoire, comme de véritables personnages de
théâtre affectés par le déroulement de l’action, par le jeu
des autres protagonistes.
La
piste n’est plus la configuration naturelle. Le cirque
investit non seulement d’autres espaces de représentation
conventionnels (les scènes de théâtre), mais invente des
dispositifs scéniques originaux (comme la nef de
Metal Clown du cirque Archaos,
les spec-tateurs étant installés de part et d’autre d’une
route asphaltée).
ïMetal
Clown
du cirque
Archaosò

Les
chapiteaux sont parfois conçus comme des éléments
scénographiques en soi, et non comme de simples abris: immense
bulle «soucoupe volante» des Arts-Sauts, volière
orientalisante de Dromesko, «bonbonnière» en bois des
Colporteurs...


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Il n’y
a évidemment plus de «fondamentaux», et il est possible
de construire un spectacle autour d’une seule technique
(par exemple le jonglage), ou de deux. La danse, le
texte peuvent être ouvertement convoqués. Les numéros
animaliers sont rares ou inexistants. Souvent, s’il y a
des animaux, ils ne font que rappeler leur indépassable
animalité.
Mais
ils sont aussi, comme chez Zingaro ou au Théâtre du
Centaure, mis au service d’un propos théâtral qui n’a
rien à voir avec l’exhibition animalière. Les émotions
recherchées par le nouveau cirque sont subtiles.
Différentes formes d’humour (du burlesque au grotesque,
en passant par l’absurde) sont mises à l’honneur,
l’émerveillement fait place à l’impression de poésie (et
il en est de mille sortes), la peur n’est jamais
magnifiée. Au danger de mort, l’artiste de cirque
contemporain substitue le risque artistique de
l’engagement.
ï
Cirque
Plume
Mélanges Opéra Plume (99-01) |
Mais c’est la diversité des esthétiques qui distingue le plus
le nouveau cirque. Chaque compagnie tente de construire un
univers singulier en mettant en cohérence des options
plastiques et sonores, acrobatiques, chorégraphiques et
théâtrales. Les techniques de cirque sont souvent utilisées
comme « éléments de langage » propres à signifier, par
métaphore, autre chose qu’elles-mêmes : la projection d’un
acrobate à la bascule peut symboliser l’envol mystique, la
flèche meurtrière... L’artiste ne présente pas un numéro, il
représente.

Le cirque
aborde donc des thèmes variés : la guerre, l’amour, la
religion, l’incommunicabilité. Quoique la prolifération des
univers décourage toute velléité de classification, on repère
néanmoins quelques courants : l’esthétique du merveilleux et
du féerique (Cirque Plume, Cirque du Soleil, les Arts-Sauts),
l’esthétique de la provocation (Archaos, la compagnie Cahin
Caha), celle du dépouillement (le Cirque Nu de la compagnie
Maripaule B. et Philippe Goudard, le Cirque Pocheros, la
compagnie Chants de balles), celle de la parodie (revisitation
du cabaret berlinois par Gosh, du cirque traditionnel par le
Cirque en kit, du petit cirque gitan par la famille Morallès).
L’absurde, lui, est présent chez Que-Cir-Que, Cirque Ici,
Le Cri du caméléon de la
compagnie Anomalie. |