|
Il fallait bien l'audace et le goût de la provocation maligne de Yasmina Reza pour intituler ainsi une pièce dont l'argument n'est que cela: une prise de bec entre deux couples de parents au sujet d'une querelle entre leurs enfants. Et pourtant, le carnage eut bel et bien lieu. Carnage sur canapé, certes, mais sous le parrainage de Bacon et de Kokoschka, deux peintres spécialistes en la matière, dont les albums présents sur la table basse seront les victimes collatérales de l'étripage.

Organisé en une série de rounds vifs à géométrie variable (couple/couple, hommes/femmes, etc.), le spectacle commence en toute douceur et civilité. Entre gens de bonnes volonté, tout va très bien s'arranger. On se présente donc: ici un quincaillier en gros et son épouse, auteur d'un livre sur le Darfour (Olivier Massart et Valérie Lemaître); là, un avocat d'affaires collé à son portable et Mme, conseillère en gestion de patrimoine (Damien Gillard et Véronique Biefnot).
'On a voulu être sympathiques, on a acheté des tulipes, ma femme m'a déguisé en type de gauche, mais la vérité est que je n'ai aucun self-control, je suis un caractériel pur.'
Des gens modernes, quoi, ni vraiment bling-bling, ni vraiment bobos. Quoique. Là-dessus, cette diablesse de Réza jette un grain de sable, oh, pas grand chose: et si le petit Ferdinand faisait des excuse à son malheureux camarade, lequel a perdu deux dents dans l'affaire? A ces mots, le dieu du carnage soulève un œil. Et la fête commence à la manière d'un Lars Noren qui aurait le goût de la comédie. Car Reza, elle aussi, pratique la férocité, la destruction, le dépeçage des conventions, la catastrophe à tous les étages, intime, politique, sociale, parentale, etc., mais avec un rire franc et sec comme une volée de bois bien appliqué.
De round en round, Yasmina Reza nourrit le dieu du carnage jusqu'à ce que seul l'essentiel subsiste: une voix mince au bord des larmes pour sauver ce qui reste. |