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Souvenirs, souvenirs...

 
 

Bruxellons 2001
Cyrano de Bergerac
La presse

 

7 août 2001 - La Libre Belgique (Choix étoilés)
Cyrano de Bergerac ***
Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, à la mise en scène, ont parfaitement su rendre toute la sensibilité d'un personnage que la nature a affublé d'un nez démesuré, sans doute pour se repentir de l'avoir fait trop honnête. Philippe Résimont est réellement parfait, sensible, humain, violent et excessif quand il le faut, capable de donner au texte superbe de Rostand comme une expression nouvelle, celle de ses propres sentiments. Roxane (Marie-Hélène Remacle) progresse avec tendresse de la candeur ingénue au veuvage digne et résigné. (Y.C.)

26 juillet 2001 - Le Soir - Critique - Laurent Ancion
Création - Bulles Production dévoile son "Cyrano de Bergerac" au château du Karreveld
Une bonne rasade de bondissant plaisir

(...) La jeune équipe de Bulles Production, arrimée pour tout l'été au château du Karreveld, devrait faire fondre jusqu'aux plus grincheux. Bonne humeur, fougue irréductible, modestie collective et talent permanent sont les armes fourbies au service d'Edmond Rostand. Résultat: plus de trois heures de scène et plus de trois heures de bondissant plaisir. (...)

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25 juillet 2001 - La Libre Belgique - Critique - Yves Cavalier
Cyrano au Karreveld? C'est un hit, c'est un must, c'est une réussite
Après l'incarnation théâtrale très exubérante de Belmondo et surtout la prestation inoubliable de Depardieu au cinéma, quel comédien, Belge de surcroît, allait oser se risquer à mesurer sa verve et son talent, à des géants de la scène et de l'écran qui ont imprégné Cyrano de Bergerac, si récemment, de leur empreinte et de leur prestance. Philippe Résimont a relevé le défi soutenu en cela par ces aventuriers de Bulles Production Théâtre toujours en quête de ce théâtre «populaire» au sens où l'entendait Jean Vilar.
Philippe Résimont est réellement parfait, sensible, humain, violent et excessif quand il le faut, capable de donner au texte superbe de Rostand, comme une expression nouvelle, celle de ses propres sentiments.

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18 juillet 2001 - Le Soir (MAD) - Avant-papier - Laurent Ancion
Rostand se met au vert
Mis en selle par Bulles Production, "Cyrano de Bergerac" passe l'été au château du Karreveld.

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17 juillet 2001 - La Libre Belgique - Avant-papier - Philippe Tirard
Eternel Cyrano de Bergerac au Karreveld

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Articles complets

 

Création Bulles Production dévoile son "Cyrano de Bergerac" au Karreveld
Une bonne rasade de bondissant plaisir

Avec simplicité et légèreté, l'équipe de Bulles Production rajeunit le bretteur gascon et suscite l'émotion. "Cyrano", l'unique chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand n'aura sans doute jamais dit son dernier mot.

CRITIQUE - LAURENT ANCION

Depuis plus de cent ans, il est bien connu que seules les brutes résistent à "Cyrano de Bergerac". Et voici l'excellente nouvelle: la jeune équipe de Bulles Production, arrimée pour tout l'été au château du Karreveld, devrait faire fondre jusqu'aux plus grincheux. Bonne humeur, fougue irréductible, modestie collective et talent permanent sont les armes fourbies au service d'Edmond Rostand. Résultat: plus de trois heures de scène et plus de trois heures de bondissant plaisir.
Cette réussite n'était pourtant pas acquise d'avance. Les chefs-d'oeuvres littéraires, même uniques (comme on le lira ci-dessous) ne donnent pas nécessairement les bons spectacles. En l'occurrence, l'équation périlleuse comptait au moins deux inconnues.
Primo: ce "Cyrano" allait-il concurrencer nos précédents souvenirs (de lecture, de scène, de cinéma)? Secundo: comment Philippe Résimont, en Cyrano, allait-il gérer les incarnations d'hier (Gérard Philipe, Weber, Depardieu)? Très bien, merci. Car la force du "Cyrano de Bergerac", mis en scène par Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, est de prendre son pied pour ce que la pièce vaut, et non pour ce qu'elle charrie. Et ce plaisir est franchement communicatif!
Tout commence à l'intérieur de l'Hôtel de Bourgogne où Cyrano, sans vergogne, va rappeler à l'acteur Montfleury qu'il ne veut plus entendre ses vers de mirlitons. Le théâtre est dans le théâtre, et nous sommes dans la grange attenante à la cour du château. On s'écrase un peu, on sue comme à l'époque, mais l'on se marre déjà. Arpentant des allées surélevées, au coeur du public, l'escouade des acteurs donne le ton: Toni d'Antonino est un Montfleury fat et admirable de médiocrité, sous les piques acides d'un Cyrano soucieux de la collectivité. Tout au long du drame, Philippe Résimont saura ainsi nous convaincre de la flamboyance inimitable de son personnage, tout en soutenant ses partenaires. Sa langue court, sa longue silhouette semble danser parfois et l'on croit instantanément à ses failles. Dès la célébrissime "tirade des nez", on est dans sa poche.

A la fin de l'envoi, Cyrano touche... au coeur


Il reste de la route encore, du siège d'Arras au couvent de la mère Marguerite. Nous voici d'ailleurs dehors, installés sur un haut gradin à ciel ouvert. Face à nous, légèrement de biais, une façade du château sera le miroir changeant de la suite du drame. La nuit tombe peu à peu, tandis que la scénographie de Xavier Rijs joue sur le décor réel et sur les éléments ajoutés. Le travail des lumières de Laurent Kaye achève de bâtir un univers à la fois simple et troublant. Ce double sentiment sera maître des quatre actes suivants: visiblement, l'équipe ne s'est pas pris la tête. Et c'est au coeur qu'elle nous touche...
Courant du four au moulin, les 24 interprètes osent une belle légèreté, présente dans l'oeuvre mais rarement exploitée. Le tragique de Guiche, épris de Roxane, bénéficie du pince-sans-rire et de l'aplomb de Bruno Bulté, offrant au rôle tout son cocasse, tandis que la cousine de Cyrano hérite de la douce fermeté de Marie-Hélène Remacle, jouant la simplicité plutôt que le mystère. Laurent Renard (un Christian convaincant), Nicolas Buysse (rigoureux et attachant Le Bret) et Michel Hinderickx (savoureux Ragueneau) entraînent à leur suite une vaste distribution qui les vaut bien en énergie... Gare aux grincheux: à cent ans, les cadets de Gascogne ont plus que jamais la cogne.

"Cyrano de Bergerac", de Rostand, jusqu'au 25 août, à 20 h 45, au château du Karreveld, 3, rue de la Hoese, 1080 Bruxelles. Infos- et réservations au 0800-21.221.

Cyrano, le piquant héros qui tua son auteur

Peut-on trouver dans le répertoire théâtral un personnage plus attachant que le Cyrano de Rostand? En 1897, au Théâtre de la porte Saint-Martin, l'auteur français dévoilait un être presque parfait: sa haine va aux méchants, ses amours aux gentils. Il est prompt à la guerre, mais son coeur est taillé dans la tendresse. Il n'ose pas avouer sa flamme à Roxane, mais ses aptitudes langagières n'ont pas d'égales - il les prêtera à Christian pour séduire la belle. Et ce nez, qu'il a fort long, l'a-t-on jamais trouvé laid? Il le découpe en douze pieds et nous fait sprinter, épatés, au rythme d'alexandrins irrésistibles. Rostand méritait son succès. Le hic, c'est que ce fut un triomphe. A 29 ans, il ne s'en remettra pas.
Lors de la première, à Paris, on assiste à deux heures d'applaudissements, à une remise directe de la croix de la Légion d'honneur et à une pâmoison généralisée. Auparavant, Rostand avait livré des drames que la postérité a oubliés (même si Sarah Bernhardt les joua). L'auteur n'était pas de ceux que le succès rassurent: face à la folie collective, il s'inquiéta.
En 1900, il compose "L'aiglon" et soulève un enthousiasme très important - ce qui, en fait, n'arrange pas son cas. Le poète est élu à l'Académie française. Malade, retiré à Cambo, au Pays basque, il mettra trois ans pour rédiger son discours d'intronisation... En 1910, après sept ans d'une gestation qu'il avoue insupportable, il pond enfin "Chantecler", un conte ampoulé sur les naïvetés d'un coq. Revenu à Paris, Rostand y mourra, discrètement, en 1918, à 50 ans.
Avec lui disparaît un genre, le drame antique. Il sera l'ultime chantre du lyrisme rimé, à une époque où le public se détournait des vers. Le succès de Cyrano prouve qu'une alchimie s'est produite entre un thème (l'amour, en somme), un héros (qui n'est jamais qu'un homme) et une méthode (l'alexan -drin qui courtise la fable). Je me sens indigne de ma gloire, écrivait pourtant l'auteur dans "Chantecler". Pourquoi m'a-t-on choisi pour chasser la nuit noire? Il peut dormir en paix: au château du Karreveld, on est ravi qu'il soit notre veilleur de nuit.

Laurent Ancion

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Cyrano du Karreveld?
C'est un hit, c'est un must,
c'est une réussite! 

 

En vers et contre tous, le héros de Rostand s'impose avec panache à Bruxelles. Pari gagné pour Philippe Résimont au nez long et son producteur au nez fin


Il fallait de l'audace pour se lancer dans l'aventure. Cyrano, c'est sûr, en débor-de. Il en a trempé toute l'équipe qui a pris l'initiative de monter dans l'espace du château du Karreveld, à l'ombre de la Basilique à Bruxelles, cet incontournable chef-d'oeuvre imaginé par Edmond Rostand il y a un peu plus de cent ans. Clas-sique parmi les classiques du néo-romantisme fin XIXe, ce morceau de choix a subi dans sa carrière de cente-naire tous les honneurs et mêmes quelques outrages.


THEÂTRE POPULAIRE
Après l'incarnation théâtrale très exubérante de Belmondo et surtout la prestation inoubliable de Depardieu au cinéma, quel comédien, Belge de surcroît, allait oser se risquer à mesurer sa verve et son talent, à des géants de la scène et de l'écran qui ont imprégné Cyrano de Bergerac, si récemment, de leur empreinte et de leur prestance. Philippe Résimont a relevé le défi soutenu en cela par ces aventuriers de Bulles Production Théâtre toujours en quête de ce théâtre «populaire» au sens où l'entendait Jean Vilar. Offrir du bonheur et de l'émotion, du rêve et du quotidien, de la vérité et du mensonge, du plaisir de jouer et d'être applaudi. Voilà le vrai théâtre qui tient en haleine un public conquis toute une soirée durant et même une partie de la nuit.
Bulles Productions avait déjà sévi dans le château molenbeekois avec «Arlequin poli par l'Amour» de Marivaux et, l'an dernier, avec le «Songe d'une nuit d'été» de Shakespeare. Le Cyrano du Karreveld est quant à lui une totale réussite en ce sens qu'il a séduit le public et qu'il le séduira encore d'ici au 25 août, en espérant que la météo se fera complice de ce régal à ciel ouvert.

UN DUEL D'ENFER
Pourtant, pourquoi le cacher, un peu d'inquiétude, pendant le premier acte. La scénographie a imaginé de laisser se dérouler l'acte un dans l'Hôtel de Bourgogne, l'une des dépendances du château. Espace fermé et confiné; un public plus nombreux que prévu, débout, parfois devant les spectateurs assis; une chaleur étouffante... Tout cela a bien failli compromettre la perception de cette entrée en matière pourtant très dynamique, voire même interactive. Bref cet inconfort aurait pu être fatal à la prestation tout entière des talents multiples qui se partagent l'espace scénique... quand survint Cyrano. Celui-ci ne tarde pas à nous rappeler la tirade du nez dont on n'entend qu'un vers sur deux tant le bougre s'agite sur son podium. Il nous offre enfin un duel d'enfer admirablement chorégraphié et, là, à la fin de l'envoi, Cyrano enfin touche tout son public. Le courant passe.
Le reste de la soirée se déroulera à l'extérieur. Le soleil s'éteint et le ciel se voile et le public découvre la cour du château sobrement aménagée. Le pâtissier-poète Ragueneau est à ses vers. Et c'est là que Cyrano doit rencontrer Roxane, persuadé qu'il pourra lui avouer sa flamme. C'est là que se dessine en filigrane toute la trame de ce drame aux allures antiques. C'est là que ce nouveau Cyrano se révèle réellement.
Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, comédiens mais ici metteurs en scène, ont parfaitement su rendre toute la sensibilité d'un personnage que la nature a affublé d'un nez démesuré, sans doute pour se repentir de l'avoir fait trop honnête. Et le voilà condamné à déguiser ses sentiments, lui que le mensonge et la tricherie indignent. Lui qui cherche l'amour s'écrie «J'aime qu'on me haïsse» . Philippe Résimont est réellement parfait, sensible, humain, violent et excessif quand il le faut, capable de donner au texte superbe de Rostand, comme une expression nouvelle, celle de ses propres sentiments. Roxane (Marie-Hélène Remacle) progresse avec tendresse de la candeur ingénue au veuvage digne et résigné. «C'était vous» découvre-t-elle alors que Cyrano agonisant lui avoue: «Non, mon amour, je ne vous aime pas».
Cyrano est soutenu de toute la verve de la compagnie des cadets de Gascogne, truculents et fiers à bras, à la fois encombrants quand il s'agit d'occuper le terrain et très discrets quand il s'agit de s'effacer devant l'intensité du drame humain qui, toujours, reprend le dessus avec un Cyrano entier, comme l'aurait aimé Edmond Rostand.

Yves Cavalier

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Rostand se met au vert

Mis en selle par Bulles Production, "Cyrano de Bergerac" passe l'été au château du Karreveld.

En été, nos scènes semblent combiner deux passions: le goût des lieux insolites et l'appétit des grands classiques. Mozart entonne son "Requiem" dans les églises de Flandre et de Wallonie, Carl Orff scande le "Carmina Burana" à la basilique de Koekelberg, la Compagnie des Galeries entame sa tournée des châteaux avec "Le malade imaginaire" de Molière ou encore, comme on le lira en page 29, Del Diffusion convie "La reine Margot" à l'ancienne abbaye de Villers-la-Ville. Au chaud, on ose l'"insolite classique", en somme, où le spectacteur est invité à se dépayser... dans un paysage familier.
Ce cocktail estival n'interdit nullement l'imagination, qui est souvent au rendez-vous. Ainsi, en préparant "Cyrano de Bergerac" au château du Karreveld, Bulles Production ne semble pas vraiment faire dans la dentelle. En même temps, la pièce d'Edmond Rostand, classique parmi les classiques, est aussi un redoutable défi. "Cyrano", joué à tour de bras, devint film à succès (comme "La reine Margot" d'ailleurs). L'oeuvre est connue et attend au tournant ceux qui s'y frottent. Peu importe, semble sourire l'équipe du Karreveld.
Nous avons la volonté de faire du théâtre populaire au sens noble du terme, comme l'entendait Jean Vilar, explique Olivier Moerens, capitaine de Bulles Production. Depuis deux ans, la commune de Molenbeek nous fait confiance et nous accueille durant tout l'été dans ce petit écrin de verdure en plein Bruxelles qu'est le château du Karreveld. La commune n'a pas parié sur le mauvais cheval: "Arlequin poli par l'amour", de Marivaux, en 1999, puis "Le songe d'une nuit d'été", de Shakespeare, en 2000, ont rapidement fidélisé les spectateurs. L'an passé, l'équipe a vendu plus de 7.000 tickets, pour un spectacle particulièrement réussi.
Basée sur des notions de troupe et de fidélité, Bulles Production tente à nouveau une aventure un peu folle, encouragée par la naïveté - assumée - de sa jeunesse. La vision de la pièce en témoigne. Puisque notre équipe est jeune, on aborde "Cyrano" de manière plus directe, plus concrète et plus pulsionnelle, révèlent Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, les deux metteurs en scène du spectacle. Le personnage de Cyrano lui-même, joué par Philippe Résimont, rajeunit par rapport aux habitudes. La pièce suggère l'émotion à l'état pur, ajoute Jasmina. La relation entre Cyrano et Christian est plus fougueuse, plus adolescente. Ces personnages laissent agir leurs émotions sans penser aux conséquences.
Le fait que l'on s'occupe à deux de la mise en scène est important , précise la jeune femme. On peut mieux mettre en balance le pôle féminin et masculin de la pièce. Au départ, le texte ressemble plutôt à une pièce d'hommes. Mais Cyrano, s'il est un homme de guerre, est aussi un homme d'amour. Cette complémentarité est valable pour toute la pièce. Roxane, par exemple, est une femme jolie et coquette, mais c'est aussi le cousine de Cyrano: elle a son panache personnel, elle combat et elle fonce.
On va faire de cette pièce un grand spectacle d'aventure, de cape et d'épée! , intervient Pierre Pigeolet. On ne travaille pas uniquement sur le personnage de Cyrano. Tous les rôles ont leur humanité et leur vécu. Le duo rêve d'un théâtre avec des personnages proches de nous et "pleins".
Bulles Productions y mettra les moyens. Tout commencera dans la grange attenante à la cour où seront montés les gradins. Le public se tiendra d'abord debout, en plein Hôtel de Bourgogne, pour assister au jeu de Montfleuri, star théâtrale de l'époque. C'est là que Cyrano de Bergerac fera son entrée, parmi les convives et les spectateurs, pour s'acheminer vers la célébrissime "tirade des nez".
"On aborde Cyrano
de manière plus
directe, plus concrète,
plus pulsionnelle"

La cour du château du Karreveld sera ensuite l'écrin de la rôtisserie du poète-pâtissier Ragueneau (joué par Michel Hinderyckx), du balcon où Cyrano soufflera à Christian (Laurent Renard) ses mots pour Roxane (Marie-Hélène Remacle), du siège guerrier d'Arras et du couvent final. C'est plus fou qu'une recons - titution historique, précise le scénographe Xavier Rijs. La grange, par exemple, nous offre des appliques murales modernes que nous allons respecter. Le public sera accueilli par des candélabres avec ampoules électriques! Nous cherchons à faire passer les gens progressivement du troisième millénaire au XVII e siècle. "Cyrano" est un grand classique destiné au grand public, mais il permet des préoccupations contemporaines plus poétiques.
On n'a pas la prétention d'offrir une lecture neuve vis-à-vis de tous les "Cyrano" qui se sont joués, insiste Olivier Moerens. Mais nous voulons échapper à la relation père-fils (Cyrano-Christian) traditionnelle. Pour la scène du balcon, par exemple, on devrait ressentir les choses différemment en voyant un type de 30 ans monter vers la belle et un autre type de 30 ans rester en bas, dans l'ombre. Il est vrai que, dans cette égalité des âges, un autre sens pourrait bien se loger.
L'escalade n'en restera d'ailleurs pas là pour Bulles Production. Dès le 21 août, c'est tous ensemble qu'ils vont monter... sur le toit de l'Innovation, à Bruxelles. En collaboration avec l'Altane Théâtre, c'est de la commedia dell'arte qui s'y jouera. L'été n'en a pas fini avec l'insolite.

"Cyrano de Bergerac", DU 24 juillet au 25 août, à 20 h 45), au château du Karreveld, 3, rue de la Hoese, 1080 Bruxelles. Possibilité de restauration dès 19 h 30. Infos et réservations au 0800-21.221.

Philippe Résimont, Cyrano de l'été

Sa longue et fine silhouette est partout: télé, théâtre, comédie musicale. A la RTBF, il se battait notamment avec son poste de télévision pendant les interludes d'"Intérieur nuit". On l'a vu chanter dans "Célia Fée" ou dans "L'opéra de quat'sous". Acteur, il est de toutes nos scènes. Cet été, il sera Cyrano au château de Karreveld. Philippe Résimont a moins de quarante ans. Déjà caméléon?
Je suis assez content de ne pas m'être fixé dans une seule famille théâtrale, sourit modestement le futur bretteur gascon. La saison prochaine, je jouerai au Rideau, au Botanique, deux fois aux Martyrs... Etre un voyageur, c'est une chance. C'est gai d'être appelé par des gens d'univers différents. Je ne revendique pas un talent particulier! Je travaille, donc je m'expose. Tout ça n'est pas du tout réfléchi. Je n'ai pas de plan de carrière. Les choses s'enchaînent pour moi et c'est tant mieux!
D'accord, mais jouer Cyrano, ce n'est pas rien... Oui, c'est un rôle mythique, reconnaît Philippe. En même temps, je n'y avais jamais pensé: je ne me l'étais pas fixé comme un objectif... On me l'a proposé et ça ne se refuse pas. Le type qui refuse ça, il est fou! C'est aussi une petite folie de le jouer. Il faut oublier que l'on joue Cyrano , commente l'acteur. La plupart des gens connaissent bien le personnage. Beaucoup ont lu la pièce et l'adorent. Quand on travaille le rôle, c'est inévitable de se dire que l'on est attendu. La référence à Jacques Weber et à Gérard Depardieu est évidente aujourd'hui. J'ai vu le film en son temps, mais je n'ai pas voulu le revoir: je crois que ça m'emprisonnerait l'imaginaire.
On ne peut pas oublier le monstre Depardieu, qui était magnifique, développe Philippe Résimont. Mais nous, nous allons essayer de faire "Cyrano", tout simplement. On voudrait travailler la pièce comme au soir de sa toute première création, vierge de tout héritage culturel. Comment la montrer comme si c'était la première fois? La jeunesse de l'équipe pourrait y aider... C'est chouette que Cyrano soit plus jeune, s'enthousiasme le comédien. Les choses sont plus crédibles. La pièce est truffée de moments qui ne sont pas réalistes - la scène du balcon, par exemple, est une pure convention. On pourrait nous répondre que l'âge importe peu, mais je crois que les gens pourront plus facilement s'identifier à l'action.
Aujourd'hui, Philippe Résimont bosse dur au coeur des failles du personnage, talon d'Achille par lequel l'acteur fait du rôle un homme à comprendre. Un sacré boulot qui correspond bien à la modestie de Philippe Résimont, pas fanfaron pour un sou.
Quand j'ai joué mon premier spectacle professionnel , avoue-t-il, j'ai dit à un pote: "Je veux être le meilleur. Prouver à tous ces mecs de théâtre qu'il n'y a pas mieux que moi". J'ai été très mauvais. Ça a été une leçon... Avant les applaudissements et les critiques, un spectacle est surtout une aventure. Il s'agit de résoudre des problèmes. En répétition, on vient avec des solutions. Qu'importe le résultat, après tout: c'est le travail qui compte. S'il y a le succès, tant mieux. Mais vouloir plaire à tout prix ne marche jamais. Une franchise digne d'un Cyrano? Voilà qui tombe bien.

Laurent Ancion

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Éternel «Cyrano de Bergerac»
au Karreveld

Ph. Tirard
 

Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet réunissent une vingtaine de comédiens au sein de cette magistrale aventure d'amour, de guerre et d'amitié

Du 24 juillet au 25 août, au Château du Karreveld à Molenbeek. Tél. 0800.21.221.

Deux comédiens, Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, mettent en scène l'inusable «tube» d'Edmond Rostand, dans l'écrin de verdure molenbeekois.


Le romantisme, décidément, fait recette cet été. Le comédien Gérald Marti nous avait campé un admirable Cyrano dans les ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville, voici une décennie, au moment où sortait le film de Jean-Paul Rappeneau avec Depardieu dans le rôle titre.
L'équipe qui assure depuis deux ans les spectacles d'été au château du Karreveld à Molenbeek, après nous avoir donné «Arlequin poli par l'amour» de Marivaux et un «Songe d'une nuit d'été» de Shakespeare a jeté son dévolu sur «Cyrano de Bergerac» pour sa troisième production dans ce lieu. Se réclamant des idéaux de Jean Vilar, les organisateurs veulent ainsi proposer «un spectacle intelligent, ambitieux et de qualité, qui soit abordable par tous».
Les metteurs en scène, les comédiens Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, se disent séduits par la dualité que la pièce tente de réunir: Cyrano et Christian, beauté morale et physique, masculin et féminin. «C'est pourquoi nous avons décidé de nous unir pour raconter ensemble cette magistrale aventure d'amour, de guerre et d'amitié...»
Voulant respecter le caractère historique de cette oeuvre fleurant bon la France du XVIIe siècle, ils entendent aussi en préserver le mouvement et la dimension ludique. Pour porter ce rôle exigeant, tant sur le plan physique que sur celui du psychique, ils ont pensé à Philippe Résimont.
Roxane sera interprétée par Marie- Hélène Remacle et Laurent Renard prêtera la régularité de ses traits à Christian. La distribution compte en tout quelque 22 comédiens, dont Bruno Bulté, Michel Hinderyckx, Sandrine Bonjean.
L'action mouvementée suppose une scénographie soignée. Xavier Rijs se revendique d'une «approche contemporaine où art et divertissement sont associés». Les combats, dont la pièce n'est pas avare, seront chorégraphiés par Michelangelo Marchese.

© La Libre Belgique 2001


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