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7 août 2001 - La Libre Belgique (Choix
étoilés)
Cyrano de Bergerac ***
Jasmina Douieb et Pierre
Pigeolet, à la mise en scène, ont parfaitement su rendre toute la
sensibilité d'un personnage que la nature a affublé d'un nez
démesuré, sans doute pour se repentir de l'avoir fait trop honnête.
Philippe Résimont est réellement parfait, sensible, humain, violent
et excessif quand il le faut, capable de donner au texte superbe de
Rostand comme une expression nouvelle, celle de ses propres
sentiments. Roxane (Marie-Hélène Remacle) progresse avec tendresse
de la candeur ingénue au veuvage digne et résigné. (Y.C.)
26 juillet 2001 - Le Soir - Critique -
Laurent Ancion
Création - Bulles Production dévoile son
"Cyrano de Bergerac" au château du Karreveld
Une bonne rasade de bondissant plaisir
(...) La jeune équipe de
Bulles Production, arrimée pour tout l'été au château du Karreveld,
devrait faire fondre jusqu'aux plus grincheux. Bonne humeur, fougue
irréductible, modestie collective et talent permanent sont les armes
fourbies au service d'Edmond Rostand. Résultat: plus de trois heures
de scène et plus de trois heures de bondissant plaisir. (...)
25 juillet 2001 - La Libre Belgique -
Critique - Yves Cavalier
Cyrano au Karreveld? C'est un hit, c'est un
must, c'est une réussite
Après l'incarnation
théâtrale très exubérante de Belmondo et surtout la prestation
inoubliable de Depardieu au cinéma, quel comédien, Belge de
surcroît, allait oser se risquer à mesurer sa verve et son talent, à
des géants de la scène et de l'écran qui ont imprégné Cyrano de
Bergerac, si récemment, de leur empreinte et de leur prestance.
Philippe Résimont a relevé le défi soutenu en cela par ces
aventuriers de Bulles Production Théâtre toujours en quête de ce
théâtre «populaire» au sens où l'entendait Jean Vilar.
Philippe Résimont est réellement parfait, sensible, humain, violent
et excessif quand il le faut, capable de donner au texte superbe de
Rostand, comme une expression nouvelle, celle de ses propres
sentiments.
18 juillet 2001 - Le Soir (MAD) -
Avant-papier - Laurent Ancion
Rostand se met au vert
Mis en selle par Bulles
Production, "Cyrano de Bergerac" passe l'été au château du
Karreveld.
17 juillet 2001 - La Libre Belgique -
Avant-papier - Philippe Tirard
Eternel Cyrano de Bergerac au Karreveld
Articles complets
Création Bulles Production dévoile son "Cyrano de Bergerac" au
Karreveld
Une bonne rasade de bondissant plaisir
Avec simplicité
et légèreté, l'équipe de Bulles Production rajeunit le bretteur
gascon et suscite l'émotion. "Cyrano", l'unique chef-d'oeuvre
d'Edmond Rostand n'aura sans doute jamais dit son dernier mot.
CRITIQUE - LAURENT ANCION
Depuis plus de cent ans, il est bien connu que seules les brutes
résistent à "Cyrano de Bergerac". Et voici l'excellente nouvelle: la
jeune équipe de Bulles Production, arrimée pour tout l'été au
château du Karreveld, devrait faire fondre jusqu'aux plus grincheux.
Bonne humeur, fougue irréductible, modestie collective et talent
permanent sont les armes fourbies au service d'Edmond Rostand.
Résultat: plus de trois heures de scène et plus de trois heures de
bondissant plaisir.
Cette réussite n'était pourtant pas acquise d'avance. Les
chefs-d'oeuvres littéraires, même uniques (comme on le lira
ci-dessous) ne donnent pas nécessairement les bons spectacles. En
l'occurrence, l'équation périlleuse comptait au moins deux
inconnues.
Primo: ce "Cyrano" allait-il concurrencer nos précédents souvenirs
(de lecture, de scène, de cinéma)? Secundo: comment Philippe
Résimont, en Cyrano, allait-il gérer les incarnations d'hier (Gérard
Philipe, Weber, Depardieu)? Très bien, merci. Car la force du
"Cyrano de Bergerac", mis en scène par Jasmina Douieb et Pierre
Pigeolet, est de prendre son pied pour ce que la pièce vaut, et non
pour ce qu'elle charrie. Et ce plaisir est franchement communicatif!
Tout commence à l'intérieur de l'Hôtel de Bourgogne où Cyrano, sans
vergogne, va rappeler à l'acteur Montfleury qu'il ne veut plus
entendre ses vers de mirlitons. Le théâtre est dans le théâtre, et
nous sommes dans la grange attenante à la cour du château. On
s'écrase un peu, on sue comme à l'époque, mais l'on se marre déjà.
Arpentant des allées surélevées, au coeur du public, l'escouade des
acteurs donne le ton: Toni d'Antonino est un Montfleury fat et
admirable de médiocrité, sous les piques acides d'un Cyrano soucieux
de la collectivité. Tout au long du drame, Philippe Résimont saura
ainsi nous convaincre de la flamboyance inimitable de son
personnage, tout en soutenant ses partenaires. Sa langue court, sa
longue silhouette semble danser parfois et l'on croit instantanément
à ses failles. Dès la célébrissime "tirade des nez", on est dans sa
poche.
A la fin de l'envoi, Cyrano touche... au coeur
Il reste de la route encore, du siège d'Arras au couvent de la mère
Marguerite. Nous voici d'ailleurs dehors, installés sur un haut
gradin à ciel ouvert. Face à nous, légèrement de biais, une façade
du château sera le miroir changeant de la suite du drame. La nuit
tombe peu à peu, tandis que la scénographie de Xavier Rijs joue sur
le décor réel et sur les éléments ajoutés. Le travail des lumières
de Laurent Kaye achève de bâtir un univers à la fois simple et
troublant. Ce double sentiment sera maître des quatre actes
suivants: visiblement, l'équipe ne s'est pas pris la tête. Et c'est
au coeur qu'elle nous touche...
Courant du four au moulin, les 24 interprètes osent une belle
légèreté, présente dans l'oeuvre mais rarement exploitée. Le
tragique de Guiche, épris de Roxane, bénéficie du pince-sans-rire et
de l'aplomb de Bruno Bulté, offrant au rôle tout son cocasse, tandis
que la cousine de Cyrano hérite de la douce fermeté de Marie-Hélène
Remacle, jouant la simplicité plutôt que le mystère. Laurent Renard
(un Christian convaincant), Nicolas Buysse (rigoureux et attachant
Le Bret) et Michel Hinderickx (savoureux Ragueneau) entraînent à
leur suite une vaste distribution qui les vaut bien en énergie...
Gare aux grincheux: à cent ans, les cadets de Gascogne ont plus que
jamais la cogne.
"Cyrano de Bergerac", de
Rostand, jusqu'au 25 août, à 20 h 45, au château du Karreveld, 3,
rue de la Hoese, 1080 Bruxelles. Infos- et réservations au
0800-21.221.
Cyrano, le piquant héros qui tua son auteur
Peut-on trouver dans le répertoire théâtral un personnage plus
attachant que le Cyrano de Rostand? En 1897, au Théâtre de la porte
Saint-Martin, l'auteur français dévoilait un être presque parfait:
sa haine va aux méchants, ses amours aux gentils. Il est prompt à la
guerre, mais son coeur est taillé dans la tendresse. Il n'ose pas
avouer sa flamme à Roxane, mais ses aptitudes langagières n'ont pas
d'égales - il les prêtera à Christian pour séduire la belle. Et ce
nez, qu'il a fort long, l'a-t-on jamais trouvé laid? Il le découpe
en douze pieds et nous fait sprinter, épatés, au rythme
d'alexandrins irrésistibles. Rostand méritait son succès. Le hic,
c'est que ce fut un triomphe. A 29 ans, il ne s'en remettra pas.
Lors de la première, à Paris, on assiste à deux heures
d'applaudissements, à une remise directe de la croix de la Légion
d'honneur et à une pâmoison généralisée. Auparavant, Rostand avait
livré des drames que la postérité a oubliés (même si Sarah Bernhardt
les joua). L'auteur n'était pas de ceux que le succès rassurent:
face à la folie collective, il s'inquiéta.
En 1900, il compose "L'aiglon" et soulève un enthousiasme très
important - ce qui, en fait, n'arrange pas son cas. Le poète est élu
à l'Académie française. Malade, retiré à Cambo, au Pays basque, il
mettra trois ans pour rédiger son discours d'intronisation... En
1910, après sept ans d'une gestation qu'il avoue insupportable, il
pond enfin "Chantecler", un conte ampoulé sur les naïvetés d'un coq.
Revenu à Paris, Rostand y mourra, discrètement, en 1918, à 50 ans.
Avec lui disparaît un genre, le drame antique. Il sera l'ultime
chantre du lyrisme rimé, à une époque où le public se détournait des
vers. Le succès de Cyrano prouve qu'une alchimie s'est produite
entre un thème (l'amour, en somme), un héros (qui n'est jamais qu'un
homme) et une méthode (l'alexan -drin qui courtise la fable). Je me
sens indigne de ma gloire, écrivait pourtant l'auteur dans "Chantecler".
Pourquoi m'a-t-on choisi pour chasser la nuit noire? Il peut dormir
en paix: au château du Karreveld, on est ravi qu'il soit notre
veilleur de nuit.
Laurent Ancion
Cyrano du Karreveld?
C'est un hit, c'est un must,
c'est une réussite!
En vers et
contre tous, le héros de Rostand s'impose avec panache à Bruxelles.
Pari gagné pour Philippe Résimont au nez long et son producteur au
nez fin
Il
fallait de l'audace pour se lancer dans l'aventure. Cyrano, c'est
sûr, en débor-de. Il en a trempé toute l'équipe qui a pris
l'initiative de monter dans l'espace du château du Karreveld, à
l'ombre de la Basilique à Bruxelles, cet incontournable
chef-d'oeuvre imaginé par Edmond Rostand il y a un peu plus de cent
ans. Clas-sique parmi les classiques du néo-romantisme fin XIXe, ce
morceau de choix a subi dans sa carrière de cente-naire tous les
honneurs et mêmes quelques outrages.
THEÂTRE POPULAIRE
Après l'incarnation théâtrale très exubérante de Belmondo et surtout
la prestation inoubliable de Depardieu au cinéma, quel comédien,
Belge de surcroît, allait oser se risquer à mesurer sa verve et son
talent, à des géants de la scène et de l'écran qui ont imprégné
Cyrano de Bergerac, si récemment, de leur empreinte et de leur
prestance. Philippe Résimont a relevé le défi soutenu en cela par
ces aventuriers de Bulles Production Théâtre toujours en quête de ce
théâtre «populaire» au sens où l'entendait Jean Vilar. Offrir du
bonheur et de l'émotion, du rêve et du quotidien, de la vérité et du
mensonge, du plaisir de jouer et d'être applaudi. Voilà le vrai
théâtre qui tient en haleine un public conquis toute une soirée
durant et même une partie de la nuit.
Bulles Productions avait déjà sévi dans le château molenbeekois avec
«Arlequin poli par l'Amour» de Marivaux et, l'an dernier, avec le
«Songe d'une nuit d'été» de Shakespeare. Le Cyrano du Karreveld est
quant à lui une totale réussite en ce sens qu'il a séduit le public
et qu'il le séduira encore d'ici au 25 août, en espérant que la
météo se fera complice de ce régal à ciel ouvert.
UN DUEL D'ENFER
Pourtant, pourquoi le cacher, un peu d'inquiétude, pendant le
premier acte. La scénographie a imaginé de laisser se dérouler
l'acte un dans l'Hôtel de Bourgogne, l'une des dépendances du
château. Espace fermé et confiné; un public plus nombreux que prévu,
débout, parfois devant les spectateurs assis; une chaleur
étouffante... Tout cela a bien failli compromettre la perception de
cette entrée en matière pourtant très dynamique, voire même
interactive. Bref cet inconfort aurait pu être fatal à la prestation
tout entière des talents multiples qui se partagent l'espace
scénique... quand survint Cyrano. Celui-ci ne tarde pas à nous
rappeler la tirade du nez dont on n'entend qu'un vers sur deux tant
le bougre s'agite sur son podium. Il nous offre enfin un duel
d'enfer admirablement chorégraphié et, là, à la fin de l'envoi,
Cyrano enfin touche tout son public. Le courant passe.
Le reste de la soirée se déroulera à l'extérieur. Le soleil s'éteint
et le ciel se voile et le public découvre la cour du château
sobrement aménagée. Le pâtissier-poète Ragueneau est à ses vers. Et
c'est là que Cyrano doit rencontrer Roxane, persuadé qu'il pourra
lui avouer sa flamme. C'est là que se dessine en filigrane toute la
trame de ce drame aux allures antiques. C'est là que ce nouveau
Cyrano se révèle réellement.
Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, comédiens mais ici metteurs en
scène, ont parfaitement su rendre toute la sensibilité d'un
personnage que la nature a affublé d'un nez démesuré, sans doute
pour se repentir de l'avoir fait trop honnête. Et le voilà condamné
à déguiser ses sentiments, lui que le mensonge et la tricherie
indignent. Lui qui cherche l'amour s'écrie «J'aime qu'on me haïsse»
. Philippe Résimont est réellement parfait, sensible, humain,
violent et excessif quand il le faut, capable de donner au texte
superbe de Rostand, comme une expression nouvelle, celle de ses
propres sentiments. Roxane (Marie-Hélène Remacle) progresse avec
tendresse de la candeur ingénue au veuvage digne et résigné.
«C'était vous» découvre-t-elle alors que Cyrano agonisant lui avoue:
«Non, mon amour, je ne vous aime pas».
Cyrano est soutenu de toute la verve de la compagnie des cadets de
Gascogne, truculents et fiers à bras, à la fois encombrants quand il
s'agit d'occuper le terrain et très discrets quand il s'agit de
s'effacer devant l'intensité du drame humain qui, toujours, reprend
le dessus avec un Cyrano entier, comme l'aurait aimé Edmond Rostand.
Yves Cavalier
Rostand se met au vert
Mis en selle par
Bulles Production, "Cyrano de Bergerac" passe l'été au château du
Karreveld.
En été, nos scènes semblent combiner deux passions: le goût des
lieux insolites et l'appétit des grands classiques. Mozart entonne
son "Requiem" dans les églises de Flandre et de Wallonie, Carl Orff
scande le "Carmina Burana" à la basilique de Koekelberg, la
Compagnie des Galeries entame sa tournée des châteaux avec "Le
malade imaginaire" de Molière ou encore, comme on le lira en page
29, Del Diffusion convie "La reine Margot" à l'ancienne abbaye de
Villers-la-Ville. Au chaud, on ose l'"insolite classique", en somme,
où le spectacteur est invité à se dépayser... dans un paysage
familier.
Ce cocktail estival n'interdit nullement l'imagination, qui est
souvent au rendez-vous. Ainsi, en préparant "Cyrano de Bergerac" au
château du Karreveld, Bulles Production ne semble pas vraiment faire
dans la dentelle. En même temps, la pièce d'Edmond Rostand,
classique parmi les classiques, est aussi un redoutable défi.
"Cyrano", joué à tour de bras, devint film à succès (comme "La reine
Margot" d'ailleurs). L'oeuvre est connue et attend au tournant ceux
qui s'y frottent. Peu importe, semble sourire l'équipe du Karreveld.
Nous avons la volonté de faire du théâtre populaire au sens noble du
terme, comme l'entendait Jean Vilar, explique Olivier Moerens,
capitaine de Bulles Production. Depuis deux ans, la commune de
Molenbeek nous fait confiance et nous accueille durant tout l'été
dans ce petit écrin de verdure en plein Bruxelles qu'est le château
du Karreveld. La commune n'a pas parié sur le mauvais cheval:
"Arlequin poli par l'amour", de Marivaux, en 1999, puis "Le songe
d'une nuit d'été", de Shakespeare, en 2000, ont rapidement fidélisé
les spectateurs. L'an passé, l'équipe a vendu plus de 7.000 tickets,
pour un spectacle particulièrement réussi.
Basée sur des notions de troupe et de fidélité, Bulles Production
tente à nouveau une aventure un peu folle, encouragée par la naïveté
- assumée - de sa jeunesse. La vision de la pièce en témoigne.
Puisque notre équipe est jeune, on aborde "Cyrano" de manière plus
directe, plus concrète et plus pulsionnelle, révèlent Jasmina Douieb
et Pierre Pigeolet, les deux metteurs en scène du spectacle. Le
personnage de Cyrano lui-même, joué par Philippe Résimont, rajeunit
par rapport aux habitudes. La pièce suggère l'émotion à l'état pur,
ajoute Jasmina. La relation entre Cyrano et Christian est plus
fougueuse, plus adolescente. Ces personnages laissent agir leurs
émotions sans penser aux conséquences.
Le fait que l'on s'occupe à deux de la mise en scène est important ,
précise la jeune femme. On peut mieux mettre en balance le pôle
féminin et masculin de la pièce. Au départ, le texte ressemble
plutôt à une pièce d'hommes. Mais Cyrano, s'il est un homme de
guerre, est aussi un homme d'amour. Cette complémentarité est
valable pour toute la pièce. Roxane, par exemple, est une femme
jolie et coquette, mais c'est aussi le cousine de Cyrano: elle a son
panache personnel, elle combat et elle fonce.
On va faire de cette pièce un grand spectacle d'aventure, de cape et
d'épée! , intervient Pierre Pigeolet. On ne travaille pas uniquement
sur le personnage de Cyrano. Tous les rôles ont leur humanité et
leur vécu. Le duo rêve d'un théâtre avec des personnages proches de
nous et "pleins".
Bulles Productions y mettra les moyens. Tout commencera dans la
grange attenante à la cour où seront montés les gradins. Le public
se tiendra d'abord debout, en plein Hôtel de Bourgogne, pour
assister au jeu de Montfleuri, star théâtrale de l'époque. C'est là
que Cyrano de Bergerac fera son entrée, parmi les convives et les
spectateurs, pour s'acheminer vers la célébrissime "tirade des nez".
"On aborde Cyrano
de manière plus
directe, plus concrète,
plus pulsionnelle"
La cour du château du Karreveld sera ensuite l'écrin de la
rôtisserie du poète-pâtissier Ragueneau (joué par Michel Hinderyckx),
du balcon où Cyrano soufflera à Christian (Laurent Renard) ses mots
pour Roxane (Marie-Hélène Remacle), du siège guerrier d'Arras et du
couvent final. C'est plus fou qu'une recons - titution historique,
précise le scénographe Xavier Rijs. La grange, par exemple, nous
offre des appliques murales modernes que nous allons respecter. Le
public sera accueilli par des candélabres avec ampoules électriques!
Nous cherchons à faire passer les gens progressivement du troisième
millénaire au XVII e siècle. "Cyrano" est un grand classique destiné
au grand public, mais il permet des préoccupations contemporaines
plus poétiques.
On n'a pas la prétention d'offrir une lecture neuve vis-à-vis de
tous les "Cyrano" qui se sont joués, insiste Olivier Moerens. Mais
nous voulons échapper à la relation père-fils (Cyrano-Christian)
traditionnelle. Pour la scène du balcon, par exemple, on devrait
ressentir les choses différemment en voyant un type de 30 ans monter
vers la belle et un autre type de 30 ans rester en bas, dans
l'ombre. Il est vrai que, dans cette égalité des âges, un autre sens
pourrait bien se loger.
L'escalade n'en restera d'ailleurs pas là pour Bulles Production.
Dès le 21 août, c'est tous ensemble qu'ils vont monter... sur le
toit de l'Innovation, à Bruxelles. En collaboration avec l'Altane
Théâtre, c'est de la commedia dell'arte qui s'y jouera. L'été n'en a
pas fini avec l'insolite.
"Cyrano de Bergerac", DU 24
juillet au 25 août, à 20 h 45), au château du Karreveld, 3, rue de
la Hoese, 1080 Bruxelles. Possibilité de restauration dès 19 h 30.
Infos et réservations au 0800-21.221.
Philippe Résimont, Cyrano de l'été
Sa longue et fine
silhouette est partout: télé, théâtre, comédie musicale. A la RTBF,
il se battait notamment avec son poste de télévision pendant les
interludes d'"Intérieur nuit". On l'a vu chanter dans "Célia Fée" ou
dans "L'opéra de quat'sous". Acteur, il est de toutes nos scènes.
Cet été, il sera Cyrano au château de Karreveld. Philippe Résimont a
moins de quarante ans. Déjà caméléon?
Je suis assez content de ne pas m'être fixé dans une seule famille
théâtrale, sourit modestement le futur bretteur gascon. La saison
prochaine, je jouerai au Rideau, au Botanique, deux fois aux
Martyrs... Etre un voyageur, c'est une chance. C'est gai d'être
appelé par des gens d'univers différents. Je ne revendique pas un
talent particulier! Je travaille, donc je m'expose. Tout ça n'est
pas du tout réfléchi. Je n'ai pas de plan de carrière. Les choses
s'enchaînent pour moi et c'est tant mieux!
D'accord, mais jouer Cyrano, ce n'est pas rien... Oui, c'est un rôle
mythique, reconnaît Philippe. En même temps, je n'y avais jamais
pensé: je ne me l'étais pas fixé comme un objectif... On me l'a
proposé et ça ne se refuse pas. Le type qui refuse ça, il est fou!
C'est aussi une petite folie de le jouer. Il faut oublier que l'on
joue Cyrano , commente l'acteur. La plupart des gens connaissent
bien le personnage. Beaucoup ont lu la pièce et l'adorent. Quand on
travaille le rôle, c'est inévitable de se dire que l'on est attendu.
La référence à Jacques Weber et à Gérard Depardieu est évidente
aujourd'hui. J'ai vu le film en son temps, mais je n'ai pas voulu le
revoir: je crois que ça m'emprisonnerait l'imaginaire.
On ne peut pas oublier le monstre Depardieu, qui était magnifique,
développe Philippe Résimont. Mais nous, nous allons essayer de faire
"Cyrano", tout simplement. On voudrait travailler la pièce comme au
soir de sa toute première création, vierge de tout héritage
culturel. Comment la montrer comme si c'était la première fois? La
jeunesse de l'équipe pourrait y aider... C'est chouette que Cyrano
soit plus jeune, s'enthousiasme le comédien. Les choses sont plus
crédibles. La pièce est truffée de moments qui ne sont pas réalistes
- la scène du balcon, par exemple, est une pure convention. On
pourrait nous répondre que l'âge importe peu, mais je crois que les
gens pourront plus facilement s'identifier à l'action.
Aujourd'hui, Philippe Résimont bosse dur au coeur des failles du
personnage, talon d'Achille par lequel l'acteur fait du rôle un
homme à comprendre. Un sacré boulot qui correspond bien à la
modestie de Philippe Résimont, pas fanfaron pour un sou.
Quand j'ai joué mon premier spectacle professionnel , avoue-t-il,
j'ai dit à un pote: "Je veux être le meilleur. Prouver à tous ces
mecs de théâtre qu'il n'y a pas mieux que moi". J'ai été très
mauvais. Ça a été une leçon... Avant les applaudissements et les
critiques, un spectacle est surtout une aventure. Il s'agit de
résoudre des problèmes. En répétition, on vient avec des solutions.
Qu'importe le résultat, après tout: c'est le travail qui compte.
S'il y a le succès, tant mieux. Mais vouloir plaire à tout prix ne
marche jamais. Une franchise digne d'un Cyrano? Voilà qui tombe
bien.
Laurent Ancion
Éternel «Cyrano
de Bergerac»
au Karreveld
Ph. Tirard
Jasmina
Douieb et Pierre Pigeolet réunissent une vingtaine de comédiens au
sein de cette magistrale aventure d'amour, de guerre et d'amitié
Du 24 juillet au 25 août, au
Château du Karreveld à Molenbeek. Tél. 0800.21.221.
Deux comédiens, Jasmina Douieb et Pierre Pigeolet, mettent en scène
l'inusable «tube» d'Edmond Rostand, dans l'écrin de verdure
molenbeekois.
Le romantisme, décidément, fait recette cet été. Le comédien Gérald
Marti nous avait campé un admirable Cyrano dans les ruines de
l'abbaye de Villers-la-Ville, voici une décennie, au moment où
sortait le film de Jean-Paul Rappeneau avec Depardieu dans le rôle
titre.
L'équipe qui assure depuis deux ans les spectacles d'été au château
du Karreveld à Molenbeek, après nous avoir donné «Arlequin poli par
l'amour» de Marivaux et un «Songe d'une nuit d'été» de Shakespeare a
jeté son dévolu sur «Cyrano de Bergerac» pour sa troisième
production dans ce lieu. Se réclamant des idéaux de Jean Vilar, les
organisateurs veulent ainsi proposer «un spectacle intelligent,
ambitieux et de qualité, qui soit abordable par tous».
Les metteurs en scène, les comédiens Jasmina Douieb et Pierre
Pigeolet, se disent séduits par la dualité que la pièce tente de
réunir: Cyrano et Christian, beauté morale et physique, masculin et
féminin. «C'est pourquoi nous avons décidé de nous unir pour
raconter ensemble cette magistrale aventure d'amour, de guerre et
d'amitié...»
Voulant respecter le caractère historique de cette oeuvre fleurant
bon la France du XVIIe siècle, ils entendent aussi en préserver le
mouvement et la dimension ludique. Pour porter ce rôle exigeant,
tant sur le plan physique que sur celui du psychique, ils ont pensé
à Philippe Résimont.
Roxane sera interprétée par Marie- Hélène Remacle et Laurent Renard
prêtera la régularité de ses traits à Christian. La distribution
compte en tout quelque 22 comédiens, dont Bruno Bulté, Michel
Hinderyckx, Sandrine Bonjean.
L'action mouvementée suppose une scénographie soignée. Xavier Rijs
se revendique d'une «approche contemporaine où art et divertissement
sont associés». Les combats, dont la pièce n'est pas avare, seront
chorégraphiés par Michelangelo Marchese.
© La Libre Belgique
2001
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