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Souvenirs, souvenirs...

 
 

Bruxellons 2001
Cyrano de Bergerac
Entre préciosité et burlesque
 

 

Entre préciosité et burlesque

Pendant très longtemps, on a fort mal considéré les écrivains de la première moitié du XVIIème siècle qui restent étrangers à l'élaboration de l'idéal classique. On avait tendance à les traiter avec quelque mépris et à trouver qu'ils avaient manqué de goût. Au XXème siècle, on a dégagé certains traits d'une esthétique commune chez ces indépendants, aussi divers soient-ils. On en est venu ainsi à étendre à la littérature la notion de baroque, réservée jusque-là à l'architecture et aux arts plastiques.

Mais qu’est le «baroque» en littérature? Ce mouvement n'est pas aisé à définir, sinon par opposition au classicisme. On peut dire que le baroque se caractérise par une exubérance de l'imagination et du style formant un contraste frappant avec la raison et la stricte ordonnance classiques. Le baroque, c'est l'effervescence du lyrisme libre, des images brillantes, parfois recherchées, le triomphe du contraste entre une pensée subtile et des notations violemment réalistes.

Les études actuelles sur l'esthétique baroque nous permettent de mieux comprendre l’œuvre de Malherbe, la tragi-comédie et les débuts de Corneille.

Deux «sous-mouvements» du goût baroque nous intéressent particulièrement dans le cadre de la pièce Cyrano de Bergerac de Rostand: la préciosité et le burlesque. Ce sont des pointes extrêmes ou même des déformations du baroque.

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La préciosité
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Les salons

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La vie mondaine

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Distinction dans les manières

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Distinction dans les sentiments

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Distinction de l'esprit

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La préciosité ridicule

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Le burlesque

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Burlesque, préciosité, lyrisme, héroïco-comique, dans le Cyrano de Rostand
 

La préciosité

Déjà durant tout le XVIème siècle, sous les règnes de François Ier et d’Henri II, la vie mondaine s'était organisée en France de manière très brillante. Les guerres de religion l'avaient interrompue. A la cour de Henri IV on parlait tous les patois, et l'exemple du roi autorisait toutes les licences. L’épisode de Cyrano interrompant Montfleury est assez caractéristique de cet état de fait. Bientôt ,la paix et la prospérité revenues devaient rendre plus choquantes ces manières soldatesques. Dès 1608, la marquise de Rambouillet, donnant l'exemple, se retira dans son hôtel et y reçut ses amis. On l'imita et de ce jour, il y eut un «monde» soucieux de fuir toutes les formes de vulgarité.
 
Les salons
Durant la première moitié du XVIIème siècle, avant que Louis XIV ait groupé autour de lui à la cour toute l’aristocratie de la nation, c’est chez des particuliers que le «monde» tient ses réunions, dans ce que l’on appelle les salons.

Pendant une cinquantaine d’années, de 1610 à 1660 environ, le rendez-vous le plus brillant fut l’Hôtel de Rambouillet. Catherine de Vivonne, italienne naturalisée, avait épousé en 1600 Charles d'Angennes, futur marquis de Rambouillet, et lui donna sept enfants. De santé précaire, ne pouvant supporter les fatigues de la cour, elle attire chez elle une société choisie et s'efforce de retrouver la vie brillante qu'elle a connue en Italie. Vers 1604, elle a fait construire, rue Saint-Thomas-du-Louvre, l'Hôtel de Rambouillet, dont elle a fourni les plans et dont les vastes pièces en enfilade émerveillent ses hôtes. Elle reçoit ses intimes dans la célèbre Chambre bleue, assistée de ses deux filles. Belle, vertueuse sans être prude, cultivée sans être pédante, «l'incomparable Arthénice» (anagramme de Catherine est de Malherbe) sut faire de son salon le centre du bon goût et de la bienséance.

On y retrouve Mlle Paulet que sa chevelure ardente a fait surnommer la lionne et dont on aime entendre la voix superbe; Mlle de Coligny; Mlle de Bourbon qui sera duchesse de Longueville; la marquise de Sablé; Mlle de Scudéry; sur la fin, Mme de Sévigné et Mme de la Fayette. «L'âme du rond» - comprenons l’âme de cette petite société - c'est l'ingénieux poète Voiture. Il évolue avec aisance au milieu des grands seigneurs tels que Richelieu, encore évêque de Luçon, Condé, le prince de Marcillac, le duc de Montausier, et il conduit le choeur des poètes: Malherbe et son disciple Racan, Gombaud, Sarrazin, Godeau, qu'on appelle, à cause de sa petitesse, le nain de Julie, Benserade, Chapelain, Mairet, etc. Quelquefois Corneille, Rotrou, Scarron, Balzac font une apparition. Les contemporains sont unanimes à reconnaître la délicatesse et le bon goût qui régnaient à l'Hôtel.

Souvenez-vous de ces cabinets que l'on regarde encore avec tant de vénération, où l'esprit se purifiait, où la vertu était vénérée sous le nom de l'incomparable Arthénice, où se rendaient tant de personnes de qualité et de mérite qui composaient une cour choisie, nombreuse sans confusion, modeste sans contrainte, savante sans orgueil, polie sans affectation.
Fléchier, «Oraison funèbre de Mme de Montausier»

La Fronde dispersa les habitués de l'Hôtel de Rambouillet, et, quand l’agitation cessa et qu’ils auraient pu s'y retrouver, la marquise dut cesser ses réceptions. Mme de Scudéry lui succéda, et devint «l'illustre Sapho». C'est vers 1650, que «l'illustre Sapho» se mit à recevoir à son tour rue de Beauce, dans le quartier du Marais. Mais, à part Montausier et Mme de Sablé qui viennent quelquefois, elle n'a pas comme la marquise la visite de grands seigneurs. Chez elle les bourgeoises dominent, avec les gens de lettres, Chapelain, Sarrazin, le savant Ménage, Conrart, Pellisson surtout, l'ami intime de la maison.

Sapho s'est défendue de toute pédanterie :

Je veux bien qu'on puisse dire d'une personne de mon sexe... qu'elle a l'esprit fort éclairé... mais je ne veux pas qu'on puisse dire d'elle : C'est une femme savante.
«Le Grand Cyrus» dernière partie, ch. I

Pourtant la conversation chez elle n'a pas l'allure aisée qui distinguait celle de l'Hôtel de Rambouillet : il n'y a pas assez de gens du monde pour balancer l’influence des professionnels de l'esprit. Il y a souvent un programme arrêté, d'avance ; quelquefois toute une journée se passe à composer des madrigaux, ou à raffiner sur les sentiments: ce n'est pas en vain que la maîtresse de maison, auteur elle-même comme son frère, se vante de savoir «si bien faire l'anatomie d'un cœur amoureux».

Il y avait en même temps à Paris nombre de salons renommés, les uns réservés à la haute aristocratie, comme celui de Mme de Sablé et d'autres plus bourgeois comme celui de Mme Scarron, la future Mme de Maintenon.

Mais à l'imitation de ces grands salons, de 1650 à 1660 environ, s'ouvrent à Paris, puis en province, notamment à Lyon, une foule d'alcôves, de ruelles bourgeoises, où l'on se pique de belles manières et d'esprit. On singe le grand monde. Pour être sûr d'être assez à la mode, on exagère et l'on tombe fatalement dans l'extravagance, le jargon, la subtilité. La «précieuse» devient un type ridicule tout indiqué pour Molière. C'est la fin des «Salons» au XVIIème siècle. Désormais, seule, la cour comptera.

La vie mondaine
Par certains côtés, le «monde» de tous les temps se ressemble. Celui du début du XVIIème siècle a pourtant une physionomie très particulière.

Les dames qui veulent recevoir prennent un jour: la Marquise de Rambouillet le mardi, Mme de Scudéry le samedi. Mais dans leurs hôtels, le salon proprement dit est en général une salle immense où la causerie intime serait trop dépaysée. Aussi reçoivent-elles dans leur chambre à coucher. Voilà pourquoi on ne dit jamais salon, mais chambre, alcôve, réduit, ruelle pour désigner ces réunions. La maîtresse de maison est assise et, souvent, étendue sur son lit; ses visiteurs se groupent autour d'elle sur des fauteuils, des chaises, des pliants, selon leur qualité. Si l'on manque de sièges, les hommes s'assoyent par terre sur leurs manteaux, aux pieds des dames. La «Chambre bleue» d'Arthénice était célèbre, d'abord à cause de sa couleur qui était une nouveauté pour l'époque, et aussi à cause du goût original de sa disposition :

Tout est magnifique chez elle, et même particulier : les lampes y sont différentes des autres lieux; ses cabinets sont pleins de mille raretés qui font voir le jugement de celle qui les a choisies; l'air est toujours parfumé dans son palais; diverses corbeilles magnifiques, pleines de lettres, font un printemps continuel dans sa chambre.
Mlle de Scudéry, «Le Grand Cyrus», VIIème partie; livre I

Les divertissements ne manquaient pas aux hôtes de la marquise. Surtout tant que les jeunes gens furent en majorité. On écoutait chanter Mlle Paulet, on se jouait des farces les uns aux autres, on faisait une partie de campagne, … Toutefois le plaisir le plus constant et le plus délicat était celui de la conversation. La Grande Mademoiselle l'estimait «le plus grand plaisir de la vie et presque le seul.» Tout était naturellement matière à entretien : petites nouvelles, faits du jour, pièces et livres récents, questions grammaticales. 0n savait parler légèrement des choses sérieuses et sérieusement des choses légères.

Cependant chaque salon paraît avoir eu ses préférences: à l'Hôtel de Rambouillet les Lettres étaient la grande, occupation avec le théâtre; on lisait solennellement les lettres de Balzac quand elles arrivaient; Voiture communiquait les siennes avant de les envoyer, Mairet donna la primeur de sa Sophonisbe; Corneille lut la plupart de ses pièces, du Cid à Rodogune. Bossuet, à l'âge de seize ans, y improvisa même un soir un sermon, ce qui fit dire à Voiture qu'il n'avait jamais entendu prêcher ni si tôt, ni si tard. Chez Mlle de Scudéry, on aimait le jeu des Portraits : ils sont répandus en foule dans ses romans, et l’on confectionna la Carte du Tendre, introduite dans La Clélie.
Mme de Sablé et ses amis préférèrent les Maximes, improvisées parfois, souvent préparées d'une réunion à l'autre sur un sujet donné. Partout les petits sers étaient très en honneur. C'est ainsi que pour la fête de Julie d'Angennes en 1641, à l'instigation de M. de Montausier, les habitués de l'Hôtel de Rambouillet composèrent, sous le nom des différentes fleurs, des poésies qu'on lui offrit en un recueil intitulé La Guirlande de Julie. En voici un exemple :

La Violette (Madrigal)
Franche d'ambition je me cache sous l'herbe,
Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour;
Mais si sur votre front je me puis voir un jour,
La plus humble des fleurs sera la plus superbe.
Desmarets

Ce que l’on appelle la préciosité, c’est en fait les caractères originaux de cette vie mondaine. Elle a été une recherche de la distinction sous toutes ses formes.

 
Distinction dans les manières
Le costume. La première c'est l'élégance de l'ajustement : gants, plumes, parfums, dentelles, tout doit être de la bonne marque ou du bon faiseur. Bientôt on exagérera, on aura tendance à se singulariser; les costumes des marquis seront extravagants:

L'honnêteté. Mais il faut surtout savoir se tenir et se faire estimer dans le monde. N'ignorer aucune des régies de la politesse, être un causeur spirituel et instruit sans pédanterie, laisser à la porte tout ce qui nous constituerait une personnalité trop marquée, et par-dessus tout être un homme honnête.

C'est l'idéal qui se forme alors dans les salons et que le chevalier de Méré définit ainsi:

Il y a certains défauts dont l'honnêteté me semble toujours exempte… comme l’injus-tice, la vanité, l’avarice, l’ingratitude, la bassesse, le mauvais goût; ne pas être épuré, l'air grossier et peu noble, l'air qui sent le Palais, la bourgeoisie, la province et les affaires... dire des choses trop communes, des équivoques, des quolibets, et tout ce qui vient d'un esprit mal fait, estimer plus la fortune que le mérite, se vouloir mettre en honneur par de faux moyens et de lâches flatteries... prendre mal son temps ou ses mesures, être dupe... être sujet à s'encanailler... souffrir sans ressentiment l'injustice et les avanies, n'en pas garantir les faibles quand on peut, et se mettre toujours du parti des plus forts, mais principalement n'avoir pas ce je ne sais quoi de noble et d'exquis qui élève un honnête homme au-dessus d'un autre honnête homme.
Méré. «Lettre à Mme la duchesse de Lesdiguières»  

Distinction dans les sentiments
Les lignes précédentes montrent bien quelle délicatesse de cœur on exigeait alors. On était plus rigoureux encore en amour. Pour l'homme, constance inébranlable, soumission absolue à sa maîtresse; pour la femme, pudeur, courroux, longue résistance, c'est le code de la galanterie. C'est ainsi que M. de Montausier attendit treize ans la main de Julie d'Angennes.

Distinction de l'esprit
Au fond, la grande affaire, c'est de se montrer spirituel. On aime les discussions littéraires où il est aisé de faire valoir son esprit. Il faut être au courant des dernières productions et il a n’est pas malséant de pouvoir montrer des vers de sa façon. Il faut avoir un style exempt de toute vulgarité. Les précieux ont inventé l'expression de «châtier son style», et à l’origine, c'était chez eux le désir très légitime de se distinguer de la cour gasconne par la pureté de leur diction. Mais de la pureté au purisme et à la recherche, il n'y avait qu'un pas, qu'on franchit vite.

Les précieuses prirent en affection les expressions exagérées: furieusement, épouvantablement, terriblement ; je suis si surprise de cela que les bras m’en tombent. Elles utilisent également bon nombre de périphrases: pour la chandelle, elles disent «le supplément du soleil»; pour chemise, «la compagne perpétuelle des morts et des vivants»; pour les joues, «les trônes de la pudeur»; pour la lune: «le flambeau du silence», .… Elles font également bon usage des comparaisons et de métaphores prolongées, …

La préciosité ridicule
Il y a eu, à la fin de la période baroque et au début du classicisme, une préciosité ridicule. Dire «ma commune, allez quérir mon zéphyr dans mon précieux» au lieu de «ma suivante, allez quérir mon éventail dans mon cabinet» est un jargon inacceptable. Que dire d'une déclaration d'amour de ce genre : «Les escopettes de votre beauté brûlent assez le pourpoint de mon âme, sans que le canon de votre rigueur brise les os de mes prétentions»? Mais on ferait tort à la préciosité en la confondant totalement avec les excès ridiculisés par Molière et Boileau.

D’ailleurs, historiquement, ce serait un préjugé que de croire que le classicisme, champion de la raison et de la règle, a supplanté l'extravagance précieuse. En réalité, le courant précieux reste très vivace dans la seconde moitié du siècle: à côté des grands genres où s'impose le goût classique subsistent les petits genres mondains où règne l'esprit précieux. Le public à qui s'adressent nos classiques fréquente encore les salons, et l'influence de la préciosité est sensible dans la langue de Corneille, Racine et La Fontaine.

Si Molière et Boileau ont attaqué et méprisé les précieux, ils n'ont pas vu qu'à l’origine ceux-ci avaient ouvert la voie à la psychologie classique. Les salons ont combattu le pédantisme, adouci les mœurs, favorisé la bienséance et contribué à créer l'idéal de «l'honnête homme»; par leur goût de l'analyse nuancée et de la peinture de l'amour, les précieux ont orienté le public et les auteurs vers une littérature essentiellement psychologique; ils ont eu le culte de la perfection formelle, et la langue classique leur doit en partie sa précision et sa pureté.
 

 
Le Burlesque

Dès le début du XVIIème siècle, l'opposition à l'esprit précieux apparaît dans des œuvres d'inspiration bourgeoise et populaire, de tradition rabelaisienne. Charles Sorel évoque dans l'Histoire comique de Francion (1622) des aventures grossières et bouffonnes dans des milieux louches de débauchés et de voleurs. Dans Le Berger extravagant (1627), il s'amuse à parodier les romans romanesques.

Le burlesque est une sorte de préciosité «retournée» par parti pris de vulgarité, s'accompagne parfois chez Scarron d'un étonnant réalisme; chez Cyrano de Bergerac, au contraire, il se double de fantaisie.
On peut dire que le burlesque est une réaction anti-précieuse qui s'exprime par un réalisme qui tend à la peinture exacte de la vie.

Le burlesque le plus connu est sans nulle doute Paul Scaron (1610-1660), né à Paris, qui fut attaché à l'évêque du Mans, ce qui ne l'empêcha pas de mener une joyeuse vie dans les milieux libertins. Atteint de rhumatismes, bossu et impotent, il cherche une revanche dans la littérature burlesque où triomphe sa verve drue et malicieuse. il publie notamment Le Typhon (1644), des comédies et des farces Mme de Maintenon, qui deviendra la femme de Louis XIV.    
 

Burlesque, préciosité, Lyrisme, héroïco-comique, ...
... dans le Cyrano de Rostand

Cyrano est d'abord une voix.., et quelle voix! Puisque le premier mot qu'elle profère est une insulte à Montfleury: «Coquin!». Ensuite, pour briser l'insistance à jouer de Montfleury, le héros surgit de la foule médusée du parterre en montant sur une chaise pour lancer: «Ah ! je vais me fâcher». Elle est d'autant plus spectaculaire que l'insulte «coquin» se fait entendre dans le silence de la représentation et vient briser la pompe précieuse des vers de Baro, que la diction de Montfleury se doit de ridiculiser davantage.

Cyrano adopte donc dès le début de la pièce un style burlesque. La suite de la scène reste d’ailleurs dans un ton parfois très trivial :

«Je vais être obligé de te fesser les joues!»
«Bon ! je vais sur la scène, en guise de buffet
découper cette mortadelle d'Italie»

A côté de ce style burlesque, Cyrano utilise aussi le registre héroïco-comique. Là où le burlesque présente de façon triviale des événements nobles ou héroïques, le style héroïco-comique présente dans un style noble ou élevé des événements communs ou triviaux en vue d’un effet comique. On retrouve ce style dans le défi au parterre :

«Approchez-vous, jeune héros !»

ou dans le dédommagement aux comédiens, plein de panache :

«Au manteau de Thespis je ne fais pas de trous»

Souvent les deux genres semblent mêlés dans des tirades qui associent l'emphase et la trivialité:

«Si cette Muse, à qui, Monsieur, vous n'êtes rien,
avait l'honneur de vous connaître, croyez bien
Qu'en vous voyant si gros et bête comme une urne,
En vous flanquerait quelque part son cothurne.»

Mais Cyrano, quand il le faut, sait aussi utiliser un style qu’il exècre, le style précieux. Le plus souvent il s’agit d’ironie. Dans la tirade des nez, par exemple, il ridiculise un précieux qui n’a su l’insulter qu’en lui disant que son nez est … grand. Lui répondre …

«C’est un peu court jeune homme!
On pouvait dire … Oh Dieu ! Bien des choses en somme»

c’est le renvoyer sur le terrain des précieux : le verbe.

Et pourtant la Roxane que Cyrano aime est une précieuse. Elle va d’ailleurs bien plus succomber à des mots prononcés qu’à la beauté plastique de Christian. Est-ce de l’amour? Dans un premier temps non, sans doute, mais la préciosité triomphante du balcon va être dépassée à la fin de la scène et Roxane va tomber vraiment amoureuse.

Roxane prône et défend un préciosité qui n’est jamais ridicule. A quoi peut-on s’apercevoir que Roxane est une précieuse? A sa visite littéraire chez Clomire, au rejet d'un Christian sans éloquence lorsque celui-ci décide de parler seul, ou bien à la fascination pour les mots de Cyrano.

Ce dernier ne surmonte pas tout à fait ses contradictions littéraires. Il prétend détester le style précieux: «Mais l'esprit?...» demande Roxane; «Je le hais dans l'amour!» affirme le Gascon. Toutefois, comme contaminé par la mode du temps, il ne peut jamais se débarrasser totalement du langage précieux qui émerge au cœur de ses tirades lyriques ou qui domine son éloge du baiser : « Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer».

Quant à Christian, il est victime du langage et il subit la préciosité. Quelques vers de l’acte II résument presque à eux seuls tout l'argument de la pièce :

Christian : «Oh ! pouvoir exprimer les choses avec grâce!»
Cyrano : «Être un joli petit mousquetaire qui passe!»
Christian ,avec désespoir: «Il me faudrait de l’éloquence»

Les deux hommes se mettent d’accord sur un stratagème pour se jouer de la préciosité de Roxane:

Cyrano : «Je t'en prête [de l’éloquence]
Toi, du charme physique et vainqueur prête-m'en :
Et faisons à nous deux un héros de roman!
[...] Je serai ton esprit, tu seras ma beauté.»


Dès la première scène de l’acte III, on se rend compte que le stratagème a trop bien porté ses fruits:

Roxane, sortant de la maison : «Ah! qu'il est beau, qu'il a d'esprit et que je l'aime!
Cyrano souriant : «Christian a tant d'esprit?»
Roxane : «Mon cher, plus que vous-même!»
Cyrano : «J'y consens.» 
Roxane : «Il ne peut exister à mon goût
Plus fin diseur de ces jolis riens qui sont tout.
Parfois il est distrait, ses Muses sont absentes ;
Puis, tout à coup, il dit des choses ravissantes!»

Suite à ce compliment indirect, la satisfaction de Cyrano apparaît totale et il continue de s'amuser à tromper Roxane en obtenant d'elle le sujet de sa conversation future avec Christian. Il est comblé puisqu'il ne croit pas pouvoir obtenir plus. Mais c’est de Christian que va venir la rupture : la réussite du stratagème ne constitue pas un but en soi pour le jeune homme mais un tremplin pour un véritable amour avec Roxane:

Christian : «Je sens qu'elle m'aime!
Merci. Je n'ai plus peur, je vais parler moi-même.»


Mais Roxane se montre plus précieuse que jamais lorsqu’elle prévoit des consignes d’expressions pour Christian:

«Allez! Partez sans brides! Improvisez»

ou bien quand elle lui ordonne:

«Brodez, brodez»
«[...]délabyrinthez vos sentiments!».

La forme dément le contenu. Au moment où elle semble donner toute liberté à Christian, celui-ci ressent plus encore le carcan du langage précieux. Le malentendu est total entre une précieuse, Roxane, qui veut s'entendre dire comment on l'aime et un soldat, Christian, qui veut le montrer :

Christian : «Je saurai bien toujours la prendre dans mes bras»
«Ton cou / Je voudrais l'embrasser!»

Certes, la jeune femme ne semble plus uniquement préoccupée du physique de son amoureux mais en rejetant sa sottise, elle paraît aussi rejeter avec mépris les sentiments vrais et simples :

«Vous m'aimez. Je sais. Adieu. [...]
Que vous m'adorez... oui, je sais.»


Ainsi, la préciosité cristallise les oppositions du début de l'acte III. De son côté, Cyrano méprise les précieux («ces singes»), mais sait user de leur langage, et de toutes façons sa situation l'oblige à rester sur le terrain des mots. Il sait en tous les cas profiter de l'échec de Christian et reprendre l'ascendant qu'il avait perdu.

Et puis vient la scène du balcon. C’est le point central et culminant de la pièce. Le balcon se place sur les thèmes de la verticalité et de l'élévation. Cette scène propose, par ailleurs, le dialogue amoureux le plus passionné de la pièce. Et enfin, ce «dialogue» à trois constitue l'un des ressorts dramatiques les plus forts de l'œuvre, où se mêlent une situation de comédie (quiproquo) et des échanges amoureux intenses et poétiques qui annoncent le pathétique de la fin de la pièce.

Encore une fois, la construction de Rostand se montre rigoureuse : la scène se divise en deux séquences sensiblement égales et le passage de l'une à l'autre est marqué par la réflexion de Roxane : «Vous ne m'aviez jamais parlé comme cela!», qui annonce la prise de pouvoir verbale de Cyrano.

Dans la première séquence, Cyrano semble apprivoiser Roxane en utilisant avec brio le langage précieux qu'elle souhaite entendre. Dans la seconde, il adopte un langage amoureux ostensiblement différent, plus lyrique, plus direct moins précieux, moins métaphorique. Le dilemme est de faire parler Christian tout en restant Cyrano.

Cette scène permet au spectateur d'être au cœur d'une supercherie qui prend ici une ampleur inattendue pour les acte eux-mêmes. Christian redevient le pantin et Cyrano son manipulateur adroit: un manipulateur qui tente de se passer de marionnette... et y parvient en partie. Il profite de la première occasion pour écarter Christian de la conversation : la nuit et la crédulité de Roxane suffisent pour protéger Cyrano qui ose alors parler. Mais tout d'abord il a fallu renouer le dialogue avec la précieuse: un jeu de mots («n'aimer plus [...] j'aime plus!») rétablit le contact. Une métaphore qui peu à peu se file l'assure davantage:

«L’amour grandit, bercé dans mon âme inquiète
Que ce … cruel marmot prit pour barcelonnette»

Elle est classique et fait de l'amour de Christian-Cyrano un bébé vigoureux, difficile à maîtriser. Roxane tient avec brio sa partie dans cette escrime verbale. Cyrano joue sur les goûts précieux de Roxane en lui révélant toute la poésie de leur situation :

«Se parler doucement sans se voir. [...]»
«Mais oui, c'est adorable. On se devine à peine.
Vous voyez la noirceur d'un long manteau qui traîne,
j'aperçois la blancheur d'une robe d'été.»

Mais en comparant ce bébé-amour Hercule (un des prénoms de Cyrano), le Gascon débute un discours à double sens, semé d'indices qui ne peuvent toutefois être perçus que par le spectateur. On bascule dans un autre registre. Cyrano, à cet instant, a su éliminer Christian et assurer son camouflage : toutes les audaces verbales vont lui être permises : révéler à demi-mot l'imposture ; critiquer clairement et abandonner le langage précieux.

«Mon langage jamais jusqu'ici n'est sorti de mon vrai cœur»
«Je parlais à travers... »
«Mais ce soir il me semble...
Que je vais vous parler pour la première fois!»
«j'ose être enfin moi-même [...]»
«[...] c'est si nouveau pour moi
[...] si nouveau... mais oui... d'être sincère».

C'est le vrai Cyrano qui parle, «bouleversé et essayant de rattraper ses mots», comme le signale Rostand dans ses didascalies. À chaque phrase le Gascon manque et rêve de se trahir et c'est un lapsus qui clôt ces aveux à peine voilés lorsque Cyrano-Christian avoue sa peur d'être raillé:

Roxane : «Raillé de quoi ?»
Cyrano : «Mais de... d'un élan! [...]»

Mais Roxane semble bouleversée et son interlocuteur en profite pour aller plus loin dans ses déclarations en rejetant le Lignon, rivière symbole de la préciosité et de ses délicatesses excessives :

Au lieu de boire goutte à goutte, en un mignon
Dé à coudre d'or fin, l'eau fade du Lignon,
Si l'on tentait de voir comment l'âme s'abreuve
En buvant largement à même le grand fleuve.

Il évoque «le grand fleuve» annonciateur du lyrisme passionné qu'il va déployer. C’est également difficile d’être plus clair que dans ces vers:

Roxane : «Mais l’esprit?»
Cyrano : «J'en ai fait pour vous faire rester
D'abord, mais maintenant ce serait insulter
Cette nuit, ces parfums, cette heure, la Nature,
Que de parler comme un bolet doux de Voiture!»

Et Cyrano, pour abandonner le genre qu'il exècre, l'utilise une dernière fois dans une tirade de virtuose qui s'achève dans l'excès du jeu de mots:

«Et que le fin du fin ne soit la fin des fins!»

Roxane tente bien encore de défendre «l'esprit» mais, en dehors des prémisses de l'amour, Cyrano le rejette avec force. C'est à nouveau une métaphore végétale qui exprime les sentiments du héros : à des mots «en bouquets» trop apprêté qui rendent triste, il oppose les mots plus spontanés qui lui viendront et qu'il jettera en «touffe». Dès lors, il s'emporte dans une tirade exaltée, sans doute la plus sincère de la pièce, d'autant qu'elle met à jour les contradictions du personnage.

En effet, d'une part, rejetant le langage précieux, il adopte un ton très lyrique où dominent des tournures simples, mais passionnées, où les images impersonnelles et alambiquées sont en partie abandonnées au profit de tournures où dominent le «je» ainsi que la deuxième personne, qui passe rapidement du «vous» au «tu» . Le discours traduit un sentiment amoureux simple mais intense :

«Je vous aime, j'étouffe
Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop»

Le rappel de la coiffure du 12 mai est une notation réaliste qui vient crédibiliser la déclaration (ce rappel pourrait d'ailleurs mettre en alerte Christian quant au sentiment vrai de son ami).

Sa sincérité trouve l'approbation de Roxane troublée. Et le Gascon ne joue plus la comédie lorsqu'il évoque la générosité de son amour et son esprit de sacrifice. À cet instant, les amoureux sont au comble de l'émotion : Cyrano, qui n'en avait jamais espéré tant, croit pouvoir mourir. Roxane semble bien loin de « l'esprit » qu'elle évoquait et son émotion est des plus sensuelles :

«Oui, je tremble, et je pleure, et je t'aime et suis tienne
Et tu m'as enivrée»

Christian perçoit qu'il peut réclamer un baiser sans danger. Cette fois, c'est l'intervention de Cyrano et non le refus de Roxane dans la scène précédente qui en diffère l'instant. La demande opportuniste du jeune homme ramène la scène sur le ton de la comédie qui va dominer la fin de l'acte III. Ce baiser est la seule chose qu’il obtiendra. Et encore comprendra-t-il qu’en réalité il ne lui était pas vraiment destiné.

Le masque tombe à l’acte IV, dans cette terrible scène où les époux, Roxane et Christian, discutent des raisons qui l’ont poussé elle à braver tous les dangers pour le rejoindre lui. 

Christian, lui prenant les mains : «Et maintenant, dis-moi
Pourquoi, par ces chemins effroyables, pourquoi
A travers tous ces rangs de soudards et de reîtres,
Tu m'as rejoint ici?
Roxane : C'est à cause des lettres!
Christian : Tu dis?
Roxane : Tant pis pour vous si je cours ces dangers
Ce sont vos lettres qui m'ont grisée ! Ah ! songez
Combien depuis un mois vous m'en avez écrites,
Et plus belles toujours!

Plus elle exprime la réalité de son amour pour son mari, plus elle révèle avec une naïve clarté que c'est Cyrano qu'elle aime. La scène est pathétique : Roxane formule une déclaration à la fois passionnée et réfléchie, mais elle se trompe de destinataire et chacun de ses mots est douloureux pour Christian. En effet, son amour se fonde désormais sur le souvenir de la voix entendue sous le balcon mais c'était celle de Cyrano et sur la beauté des multiples lettres reçues : c'étaient aussi celles de Cyrano :
«Eh bien! tes lettres, c'est, vois-tu, depuis un mois,
Comme si tout le temps, je l'entendais, ta voix»

Ainsi la jeune femme s'est profondément transformée ou révélée; si «la précieuse était une héroïne», comme l'a remarqué Cyrano, elle est aussi devenue une véritable amoureuse.

La fin de la scène voit la jeune femme remuer le couteau, involontairement, mais cruellement, dans la plaie béante de Christian, puisque chacune de ses réflexions montre davantage son lucide aveuglement :

«C'est ce qui te fait toi, tu m'entends que j'adore»
«Je t'aimerais encore si toute ta beauté d'un coup s'envolait...» 

Les réponses de Christian sont des exclamations, des interrogations qui expriment son désarroi, mais aussi son amitié pour Cyrano, puisqu'il choisit de ne rien dévoiler à sa femme, préférant s'expliquer avec son frère d'armes.

Et puis vient la confrontation entre Cyrano et Roxane qui n'est pas sans rappeler leur premier entretien de l'acte II. Cette fois encore, Bergerac commence le dialogue plein d'espoir et, à nouveau, il va tomber de haut au moment où il pensait saisir son bonheur.

À l'acte II, le mot «beau» mettait fin à toutes ses illusions; cette fois le mot «laid» et ses synonymes «affreux, défiguré, grotesque» sont porteurs de tous ses espoirs. Ils sont repris sans hésitation par Roxane qui rejette cependant le dernier, trop péjoratif : Cyrano (et les spectateurs avec lui) peut croire qu'il sera aimé. Il esquisse donc avec difficulté un début d'aveu. Mais l'intervention à voix basse de Le Bret est un coup de théâtre qui enclenche le processus du dénouement de la pièce. Il est amorcé par les mots pathétiques et lourds de sens : «C'est fini», répétés trois fois par Cyrano. L'action s'était nouée avec le pacte des deux rivaux à l’acte II, dès lors liés corps et âme : la mort de Christian met fin à l'alliance tout en interdisant moralement de la révéler. Bergerac le comprend; « C'est fini » signifie, à la fois, dans son esprit : Christian est mort, l'imposture s'achève tout en devenant inavouable, l'aveu de son amour n'ira pas plus loin, son amour est définitivement impossible.

À partir de ces mots simples, le Cyrano désemparé des aveux difficiles se transcende pour verser dans l'héroïsme moral et physique.

L’acte V nous amène quatorze années plus tard. Cyrano n'a pas changé : il est toujours pauvre, il est toujours drôle, il est toujours orgueilleux, il est toujours provocateur. Par contre Roxane n’est plus la même. Elle a retrouvé son prénom, elle est «madame Magdeleine». De Guiche, lui, est devenu le duc de Gramont. Ces changements d'identité symbolisent les profondes transformations des deux personnages depuis le début de la pièce.

Cet acte va nous montrer que la précieuse était bien une amoureuse. Elle exprime la constance de son amour pour Christian. Cet amour n'est en rien une histoire ancienne pour Roxane, il «flotte autour [d'elle], vivant!».

La réponse du duc : «Est-ce que Cyrano vient vous voir» peut apparaître comme une association d'idées qui peut laisser croire que le maréchal a tout compris de l’imposture.
Durant tout le début de l’acte, Cyrano est toujours quelqu'un qu'elle entend sans le regarder, comme le confirmera la didascalie du début de la scène 5. Ces rapports, surtout auditifs, prolongent la scène du balcon et annoncent la pathétique lecture de la lettre.

Le monologue de Roxane dans la scène 4 est l'un des seuls de la pièce. Mais Rostand parvient à lui donner des allures de dialogue en entrecroisant plusieurs sujets de la méditation : les rayons sur l'automne, l'étonnement provoqué par le retard de Cyrano et les préoccupations toutes pratiques de la brodeuse. La scène est des plus symboliques. L'ambiance automnale, la chute d'une feuille, la remarque «l'heure a sonné» annoncent clairement la mort. Enfin l'activité de la brodeuse symbolise toute la transformation de Romane, qui n'est plus une précieuse.

Dans l'acte III, Roxane ordonnait métaphoriquement à Christian: «Brodez, brodez.» A présent, c'est elle qui brode, mais au sens propre. Les jeux de l'esprit sont loin, son activité est désormais pratique et à l'inverse de la métaphore précieuse.

Il y a eu, à la fin de la période baroque et au début du classicisme, une préciosité ridicule. Dire «ma commune, allez quérir mon zéphyr dans mon précieux» au lieu de «ma suivante, allez quérir mon éventail dans mon cabinet» est un jargon inacceptable. Que dire d'une déclaration d'amour de ce genre : «Les escopettes de votre beauté brûlent assez le pourpoint de mon âme, sans que le canon de votre rigueur brise les os de mes prétentions»? Mais on ferait tort à la préciosité en la confondant totalement avec les excès ridiculisés par Molière et Boileau.

D’ailleurs, historiquement, ce serait un préjugé que de croire que le classicisme, champion de la raison et de la règle, a supplanté l'extravagance précieuse. En réalité, le courant précieux reste très vivace dans la seconde moitié du siècle: à côté des grands genres où s'impose le goût classique subsistent les petits genres mondains où règne l'esprit précieux. Le public à qui s'adressent nos classiques fréquente encore les salons, et l'influence de la préciosité est sensible dans la langue de Corneille, Racine et La Fontaine.

Si Molière et Boileau ont attaqué et méprisé les précieux, ils n'ont pas vu qu'à l’origine ceux-ci avaient ouvert la voie à la psychologie classique. Les salons ont combattu le pédantisme, adouci les mœurs, favorisé la bienséance et contribué à créer l'idéal de «l'honnête homme»; par leur goût de l'analyse nuancée et de la peinture de l'amour, les précieux ont orienté le public et les auteurs vers une littérature essentiellement psychologique; ils ont eu le culte de la perfection formelle, et la langue classique leur doit en partie sa précision et sa pureté.

 

 

 

 

 

 

 

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