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Souvenirs, souvenirs...

 
 

Bruxellons 2001
Cyrano de Bergerac
nous parle du
... théâtre du XVIIème siècle  
 

 

Le théâtre du XVIIème siècle  

Pour beaucoup, le théâtre français naît avec le théâtre classique: Corneille, Molière et Racine. Ah! l’enseignement de la littérature à l’école! Mais ce théâtre classique ne naît pas ex nihilo. Depuis le XVIème siècle , des troupes de farceurs sillonnent le pays mais ce n'est qu’au XVIIème que le théâtre trouve des lieux de représentation, un public, des auteurs, et devient un métier, un divertissement social et un art.


A l'aube du siècle, la France n'a pas encore de théâtre fixe et permanent. Des troupes ambulantes vont de ville en ville; on peut les imaginer par la description burlesque du Roman comique, mais nous en savons peu de choses.

La première qui nous soit à peu près connue est celle de Valleran Le Conte, qui, avec l'aide de son poète Hardy, tente en vain, jusque vers 1610, de se fixer à Paris. Très instables, ces associations ne durent guère plus d'un an. La recette est maigre et irrégulière, car le public populaire et provincial paie mal. Les troupes cherchent la protection de patrons capables de les pensionner : entre 1632 et 1650, celle de Molière porte le nom du duc d'Epernon, et de 1653 à 1656 celui du prince de Conti. Elles souhaitent surtout se fixer à Paris. Mais les spectacles y sont contrôlés par une vieille association bourgeoise, les Confrères de la Passion et de la Résurrection de N.S. Jésus-Christ (!!!), qui louent leur salle de l'Hôtel de Bourgogne et accaparent les recettes.

A partir de 1624, Pierre Le Messier dit Bellerose – celui qui dirige l’Hôtel de Bourgogne du premier acte du Cyrano de Rostand – force le barrage à coups de procès et installe sa troupe à t'Hôtel de Bourgo-gne.

Façade de l'Hôtel de Bourgogne

Il y attire des comédiens de valeur, sollicitant au besoin une ordonnance royale pour débaucher les acteurs des troupes concurrentes; il parvient même à dérober au Marais son poète Corneille. Pendant plusieurs années, l'Hôtel de Bourgogne tient le rythme impressionnant de seize créations tous les deux ans, sans compter les pièces empruntées à d'autres troupes, et dans tous les genres.

Etre joué par les «grands comédiens» est le rêve de tous les auteurs. Dans L'Impromptu de Versailles, Molière leur reproche leur jeu emphatique et dépourvu de naturel; mais c'est à eux que Racine porte ses pièces, parce qu'il juge leur diction bien adaptée à la musique de ses vers.

A partir de 1631, une troupe concurrente, dirigée par Charles Le Noir et Guillaume Desgilberts dit Montdory, s'installe au Marais. Corneille est son atout maître. Le Cid (1636), Horace (1639), Cinna (1642), mais aussi la Marianne de Tristan (1635) sont jouées avec tant de succès que Bellerose tente de briser la troupe en lui volant ses comédiens et son poète. Mais même l'incendie du théâtre (1644) n'en vient pas à bout: elle se rétablit en se spécialisant dans les pièces à grand spectacle, décors extraordinaires et machines (Corneille, La Toison d'or, 1660). Seul le privilège obtenu par Lulli sur l'emploi des instruments de musique dans les représentations parvient à abattre le Marais.

Petit bourbon à droite du Louvre

Dernière venue, la troupe de Molière s'installe en 1658 au Petit Bourbon. Son originalité tient d'abord à son chef, le seul homme de thé-âtre complet de son temps, à la fois directeur, metteur en scène, premier acteur, auteur et publiciste mondain; sa «capacité extraordinaire» (Visé) lui permet de tenir sa troupe malgré les manœuvres de la concurrence. 

Il crée un jeu dramatique naturel – on est loin du Montfleury de l’acte I du Cyrano de Rostand – et une mise en scène d'une précision jusque là inconnus : «chaque acteur sait combien il doit faire de pas et toutes ses oeillades sont comptées». Les talents de mime à l'italienne et de comique de Molière compensent son inaptitude à la tragédie. Son répertoire ne se borne pas à ses propres pièces : il représente le tragique, et ce n'est que faute de collaborateurs de valeur, et après avoir été lâché par Racine, qu'il se résigne à ne plus jouer que du Molière. Sa mort (1675) est le signal d'une réorganisation du théâtre parisien. Sa troupe fusionne avec le Marais, puis l'Etat ordonne une seconde fusion avec l'Hôtel de Bourgogne : la Comédie Française naît en 1680, avec vingt-sept acteurs 

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