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Le théâtre du XVIIème siècle
Pour beaucoup, le théâtre français naît avec
le théâtre classique: Corneille, Molière et Racine. Ah!
l’enseignement de la littérature à l’école! Mais ce théâtre
classique ne naît pas ex nihilo. Depuis le XVIème siècle , des
troupes de farceurs sillonnent le pays mais ce n'est qu’au XVIIème
que le théâtre trouve des lieux de représentation, un public, des
auteurs, et devient un métier, un divertissement social et un art.
A l'aube du siècle, la France n'a pas encore de théâtre fixe et
permanent. Des troupes ambulantes vont de ville en ville; on peut
les imaginer par la description burlesque du Roman comique, mais
nous en savons peu de choses.
La première qui
nous soit à peu près connue est celle de Valleran Le Conte, qui,
avec l'aide de son poète Hardy, tente en vain, jusque vers 1610, de
se fixer à Paris. Très instables, ces associations ne durent guère
plus d'un an. La recette est maigre et irrégulière, car le public
populaire et provincial paie mal. Les troupes cherchent la
protection de patrons capables de les pensionner : entre 1632 et
1650, celle de Molière porte le nom du duc d'Epernon, et de 1653 à
1656 celui du prince de Conti. Elles souhaitent surtout se fixer à
Paris. Mais les spectacles y sont contrôlés par une vieille
association bourgeoise, les Confrères de la Passion et de la
Résurrection de N.S. Jésus-Christ (!!!), qui louent leur salle de
l'Hôtel de Bourgogne et accaparent les recettes.
A
partir de 1624, Pierre Le Messier dit Bellerose – celui qui dirige
l’Hôtel de Bourgogne du premier acte du Cyrano de Rostand – force le
barrage à coups de procès et installe sa troupe à t'Hôtel de
Bourgo-gne.
Façade de
l'Hôtel de Bourgogne
Il y attire des
comédiens de valeur, sollicitant au besoin une ordonnance royale
pour débaucher les acteurs des troupes concurrentes; il parvient
même à dérober au Marais son poète Corneille. Pendant plusieurs
années, l'Hôtel de Bourgogne tient le rythme impressionnant de seize
créations tous les deux ans, sans compter les pièces empruntées à
d'autres troupes, et dans tous les genres.
Etre joué par les
«grands comédiens» est le rêve de tous les auteurs. Dans L'Impromptu
de Versailles, Molière leur reproche leur jeu emphatique et
dépourvu de naturel; mais c'est à eux que Racine porte ses pièces,
parce qu'il juge leur diction bien adaptée à la musique de ses vers.
A partir de 1631,
une troupe concurrente, dirigée par Charles Le Noir et Guillaume
Desgilberts dit Montdory, s'installe au Marais. Corneille est son
atout maître. Le Cid (1636), Horace (1639), Cinna (1642), mais aussi
la Marianne de Tristan (1635) sont jouées avec tant de succès que
Bellerose tente de briser la troupe en lui volant ses comédiens et
son poète. Mais même l'incendie du théâtre (1644) n'en vient pas à
bout: elle se rétablit en se spécialisant dans les pièces à grand
spectacle, décors extraordinaires et machines (Corneille, La Toison
d'or, 1660). Seul le privilège obtenu par Lulli sur l'emploi des
instruments de musique dans les représentations parvient à abattre
le Marais.
Petit
bourbon à droite du Louvre
Dernière venue, la troupe de Molière s'installe en 1658 au Petit
Bourbon. Son originalité tient d'abord à son chef, le seul homme de
thé-âtre complet de son temps, à la fois directeur, metteur en
scène, premier acteur, auteur et publiciste mondain; sa «capacité
extraordinaire» (Visé) lui permet de tenir sa troupe malgré les
manœuvres de la concurrence.
Il crée un jeu
dramatique naturel – on est loin du Montfleury de l’acte I du Cyrano
de Rostand – et une mise en scène d'une précision jusque là inconnus
: «chaque acteur sait combien il doit faire de pas et toutes ses
oeillades sont comptées». Les talents de mime à l'italienne et de
comique de Molière compensent son inaptitude à la tragédie. Son
répertoire ne se borne pas à ses propres pièces : il représente le
tragique, et ce n'est que faute de collaborateurs de valeur, et
après avoir été lâché par Racine, qu'il se résigne à ne plus jouer
que du Molière. Sa mort (1675) est le signal d'une réorganisation du
théâtre parisien. Sa troupe fusionne avec le Marais, puis l'Etat
ordonne une seconde fusion avec l'Hôtel de Bourgogne : la Comédie
Française naît en 1680, avec vingt-sept acteurs
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