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En examinant la vie du «vrai Cyrano», on se
rend compte immédiatement que la principale qualité de la pièce de
Rostand n’est pas d’être historiquement conforme à la vérité :
Cyrano n’est pas gascon, il n’a pas un nez démesuré, il n’est pas
amoureux de sa cousine Madeleine Robin dite Roxane, il ne connaît
pas particulièrement Christian, …
Le Cyrano de Rostand, une imposture?
Rostand
brode au départ de personnages réels: Cyrano, Madeleine Robin,
Christophe (et pas Christian) de Neuvillette, De Guiche mais aussi
Lebret, Ragueneau, Montfleury, Carbon de Castel-Jaloux, Lignières,
Cuigny, Mère Marguerite de Jésus, …
Savinien de Cyrano
Rostand brode au
départ de faits réels : dispute avec Montfleury, combat de la porte
de Nesle, Ragueneau qui nourrit les poètes, Madeleine Robin qui
fréquente les salons des Précieuses, le siège d’Arras, la mort de
Christian-Christophe de Neuvillette à Arras, la mort de Cyrano suite
à un coup sur la tête, …
Cet écart par rapport à la réalité historique a dérangé, très vite
certains intellectuels. Le plus virulent fut Emile Magne, jeune
historien, spécialiste de la période de Louis XIII – et donc celle
de Cyrano. Il publia, dès 1898, un pamphlet : Les Erreurs de
documentation de «Cyrano de Bergerac. Rostand s'efforçât tant bien
que mal de prouver l'exactitude historique de sa pièce.
Rostand prétend que
Cyrano avait joint à son nom celui de Bergerac, parce que son père
possédait, dans la vallée de Chevreuse, un très modeste fief qui
s'appelait ainsi. Il dit s'être documenté dans la biographie de
Henri Le Bret.
D’ailleurs, Rostand n’est pas le seul à faire cette hypothèse,
Théophile Gautier et le bibliophile Jacob feront de Cyrano un
Gascon. Par contre et pour être honnête, il paraît peu probable que
Rostand n'ait pas lu la thèse de doctorat de Pierre Brun datée
de1893, dans laquelle Cyrano naît à Paris.
Cyrano
(P. Résimont)
Christian (L. Renard)
Plus grave : les per-sonnages de Roxane et de Christian sont aussi
loin de la vérité. Madeleine Robin – qui s’appelle en réalité
Madeleine Robineau – a vécu avec Neuvillette six années d'un parfait
bonheur conjugal, ce qui nous change de dix secondes de baiser volé
avant le départ pour Arras. Elle ait eu neuf années de plus que
Cyrano qui n'en fut jamais amoureux. Enfin, en revenant du siège
d'Arras, son mari Christophe (et non Christian) de Neuvillette,
surpris dans une embuscade, était mort sans recevoir l'absolution
d'un prêtre. Craignant pour l'âme de Christophe la damnation
éternelle, elle voulut sacrifier à Dieu son propre salut pour celui
de son mari.
La
brillante précieuse, avide de succès mondains, vécut dans la
mortification. Retirée au couvent elle s'employa à la conversion de
son cousin, qui, lassé par la sollicitude des bigotes qui venaient à
son chevet, alla mourir ailleurs. On peut relever également de
nombreuses anachronismes : les Fourberies de Scapin de Molière ont
été représentées quinze ans après la mort de Cyrano, l’altercation
avec Montfleury et le combat de pont de Nesle sont postérieurs au
siège d’Arras, …
Est-ce
vraiment important? Disons que ce ne sont là que de bénignes
entorses à la vérité. Emile Magne fait une critique plus grave: la
pièce n'est rien d'autre que l'histoire d'une duperie. En effet,
selon Magne, dans la pièce de Rostand, suite à la mystification de
Cyrano, Roxane va épouser un simple d’esprit, Christian. Il est vrai
que vu sous cet angle-là, Cyrano perd un peu de sa générosité
désintéressée.
Rostand argumente très intelligemment et très concrètement cette
fois : un simple d’esprit ne réagit pas en s’effaçant comme à Arras
quand il apprend qu’en fait Roxane aime des qualités qui ne sont pas
siennes mais celles d’un autre, de Cyrano. Il ne manque ni de
finesse ni d'intelligence ni de grandeur d'âme.
Pour
finir, Rostand concluait avec une remarque très simple et finalement
la meilleure des justifications : «Soyez
convain-cu, monsieur qu'il n'y a pas (dans Cyrano) un anachronisme
que je ne connaisse parfaitement [...]. Un poète ne met jamais rien
au hasard et n'est inexact que lorsqu'il veut.»
Roxane (Marie-Hélène
Remacle)
Il est
clair que l'histoire est respectée, que Rostand n'a pas trahi le
XVIIème siècle. L’auteur, qui possédait une solide culture
classique, a réalisé un très sérieux travail de documentation sur le
siècle et sur l’œuvre littéraire du vrai Cyrano.
Il s’est simplement autorisé à inventer l'intrigue amoureuse.
C’est là aussi qu’il faut puiser la réponse aux critiques qui ont
dénié à Rostand la qualité de poète. Un exemple : André-Ferdinand
Hérold: «Monsieur Rostand versifie aussi mal
qu'il écrit. Parce que de nobles poètes ont libéré l'alexandrin des
règles anciennes et démontré, par de belles oeuvres, que son
harmonie ne dépend pas de la place rigoureuse des césures, M.
Rostand s'imagine que, pour faire des vers, il suffit de mettre une
rime toutes les douze syllabes.»
Si les
vers de mirliton de Rostand ne peuvent être considérés comme de la
poésie, ni même de la littérature, que dire alors des poèmes de
Béranger, de Prévert, des comédies de Feydeau, des drames bourgeois
de Bernstein, de Bataille? Cette question en entraîne immédiatement
d’autres: l'art de la scène relève-t-il de la littérature? Car quid
du jeu des acteurs, de la scénographie, des lumières, du décor
sonore, … ? Les arts de la scène sont sans doute autre chose que de
la littérature. La preuve en est que chaque metteur en scène d'une
même pièce nous en donne presque une version différente.
Les vers
de Rostand, qu'ils soient ou non d'un poète, passent adorablement la
rampe car ils ont l'apparence du naturel.
On ne pourrait faire le même éloge des alexandrins de Victor Hugo.
Et ce que d’aucuns décrient tant comme leurs défauts sont les
défauts des poètes de l'époque des précieux et de l'écrivain
burlesque Cyrano du XVIIème.
C’est cette argumentation que reprend, contre l’œuvre de Rostand, la
«jeune critique». Léon Daudet, par exemple, voyait dans Cyrano «le
chef-d’œuvre de l'enfantillage et de la convention». Thierry
Maulnier, écrivit, lors de la reprise de 1939: «Rostand
n'a ni une place majeure, ni une place mineure, ni une grande place,
ni une petite place, ni une place incontestée, ni une place
contestée dans l'histoire des lettres françaises. Il n'y a aucune
place. Son nom n'a pas à y être prononcé.»
Le
Siège d'Arras Bruxellons! 2001
Il
ironise sur la définition du baiser que donne Cyrano, sous le balcon
de Roxane: «Un point rose qu'on met sur l'i du
verbe aimer», et y découvre le comble du mauvais goût. C’est
là que se trouve l’erreur littéraire car c’est bien méconnaître la
Préciosité.
Rappelons-nous l’épisode du sonnet d'Oronte dans Le Misanthrope de
Molière; on y trouve une idée gracieuse :
«Phylis on désespère
Alors qu'on espère toujours»
Alceste
se ridiculise en lui préférant un sonnet infiniment banal : «J'aime
mieux ma mie, au gué! J'aime mieux ma mie». Ce point rose qu'on met
sur l'i du verbe aimer, serait ridicule dans une pièce
contemporaine, mais est indispensable quand un sujet de Louis XIII
s'adresse à une précieuse assidue des salons.
Laissons
la conclusion – une conclusion « oui, mais» – à François Mauriac :
«A vingt ans, sur la foi d'André Gide, et de Copeau, et de Claudel,
je croyais que ce théâtre-là était méprisable. Il n'empêche qu'avec
Jean de La Ville de Mirmont nous étions allés nous mêler à la foule
des badauds pour assister à la sortie des spectateurs, le soir de la
première de Chantecler. Rostand comptait pour nous plus que nous
n'osions en convenir. Nous n'étions pas si intelligents qu'on l'est
aujourd'hui. On ne pouvait être moins philosophe; nous nous servions
du langage sans nous interroger à son propos. Nous avions encore
cette idée naïve qu'à la scène ou dans un roman un auteur doit
s'efforcer de plaire au public et d'être entendu de lui. Il nous a
fallu beaucoup de temps pour revenir de notre erreur, et j'aurais eu
honte d'être vu par nos cadets à Cyrano de Bergerac, un soir qui
n'était pas un soir de gala et où j'étais sans excuse de me trouver,
puisque je n'y pouvais être que pour mon plaisir et que ce plaisir
avait été jusqu'aux larmes...»
Le premier Cyrano : Coquelin
Coquelin
Le rôle
fut créé en 1897 par Constant Coquelin (1841-1909); l'auteur et son
futur interprète s'étaient connus à la Renaissance lors de la
lecture de la Princesse lointaine.
Sarah
Bernhardt, qui jouait alors Alcmène d'Amphitryon avec Coquelin, dans
Sosie, avait invité à cette lecture son pensionnaire qui demanda à
Rostand de lui écrire une pièce; le poète songea aussitôt à Cyrano.
Rencontre
si heureuse qu'elle justifia la dédicace célèbre de la pièce : "C'est
à l'âme de Cyrano que je voulais dédier ce poème. Mais puisque qu'il
a passé en vous, Coquelin, c'est à vous que je la dédie".
Outre son
tempérament dynamique, sa fameuse voix claironnante, Coquelin
apporta beaucoup de travail à sa composition; ainsi essaya-t-il plus
de cinquante possibilités de ce nez légendaire qu'il légua en modèle
à ses successeurs. Mais il faut souligner que, parce qu'il avait
alors cinquante-six ans (soit une bonne vingtaine d'années de plus
que Cyrano lorsqu'il mourut), Coquelin accentua la différence d'âge
entre Cyrano, Roxane et Christian. Ainsi s'ajouta au personnage un
trait qui n'est pas dans le texte : il devint un peu ce que l'époque
classique appelait un "barbon" accentuant ainsi le drame sentimental
entre Roxane et lui, justifiant sur un point l'heureuse rivalité de
Christian, introduisant une nuance d'Arnolphe, que rien n'indiquait.
On suivit
cette tradition et, à de rares exceptions près, le rôle fut ensuite
distribué à des comédiens chevronnés (ce qui peut s'expliquer au
surplus par ce qu'il exige de métier et même de maîtrise : il est un
des plus lourds du répertoire). Mais Rostand avait donné au
personnage une jeunesse de cœur qui était la sienne propre : le
poète avait vingt-neuf ans. Sauf pour les tournées (qui furent
nombreuses dès la révélation triomphale de la pièce), Coquelin garda
le rôle sans partage jusqu'a sa mort (1909). Créations et reprises,
il le joua neuf cent cinquante fois.
Les Cyrano du XXème siècle
Puis la pièce fut complètement remontée pour un nouveau départ et
une nouvelle carrière le 15 mars 1913. Rostand, lui-même, avait
choisi Charles Le Bargy (1858-1936) pour reprendre le rôle. A
l'apogée de sa réputation, cet acteur venait de quitter la
Comédie-Française et s'était rué en essayant ce rôle dans diverses
tournées de province. Le succès fut encore considérable et Le Bargy
eut donc l'honneur de la millième représentation, le 3 mai 1913.
Pour
cette soirée, Rostand avait intercalé dans la présentation des
cadets un sonnet d'hommage à Coquelin qui s'achevait ainsi :
«Elargissez, vous tous, le grand salut qu'adresse au premier Cyrano
le second Cyrano.»
Roxane
(M-H Remacle)
Cyrano
(Philppe Résimont)
L' interprétation conservait la même ligne du personnage, mais avec
la diffé-rence de tempé-rament des deux acteurs : le Bargy moins
truculent, plus racé. Il disait, d'ailleurs : «Coquelin est un
acteur comique qui possédait des dons dramatiques. Je suis un acteur
dramatique qui jouerait avec des côtés comiques.»
Valvert
(Nicolas Dubois)
Parmi les
titulaires suivants du rôle, aux nombreuses reprises, on trouve Jean
Daragon (jan-vier 1917), romantique et sincère; Pierre Magnier (jan-vier
1919, peu après la mort de Rostand) qui en fut le titulaire pour les
reprises de plusieurs années, avec pres-tance et distinction;
Jacques Grétillat (décembre 1923), puissant et véhément.
En
décembre 1925, Victor Francen montra un person-nage fort différent
du Cadet de Gascogne haut en couleur: sortant le rôle d'une sorte de
routine où l'avaient installé et maintenu des interprètes
consciencieux mais sans le génie de Coquelin ou la race de Le Bargy,
il fit un Cyrano neuf, moins truculent, mais ayant plus de style,
avec une réelle ardeur lyrique, gouai-lleur plus par volonté
sarcas-tique et vengeresse que par tempérament; avec lui un peu d'
Alceste entra dans le coeur de don Quichotte cadet de Gascogne.
L'autre
apport important vint de Pierre Fresnay qui, en 1928, prit le rôle
au Théâtre Sarah-Bernhardt. Pour la première fois, Cyrano était
jeune (Fresnay avait alors trente ans; il avait quitté la Comédie
Française depuis quelques mois) ; il avait un âge en accord avec
celui de Roxane.
Le côté "appel du pied", l'aspect picaresque du rôle, ne convenaient
peut-être pas exactement à son art subtil, mesuré, discret.
Mais sa
jeune maîtrise l'installa très à l'aise; à partir du IIIème acte,
son lyrisme contenu, sa sensibilité, firent merveille: Cyrano
devenait cette fois un frère des héros de Musset; et le dernier acte
fut enrichi d'accents douloureux tels qu'Antoine trouva qu'à ce
moment Fresnay avait dépassé Coquelin ou Le Bargy. Il renonça au
grotesque nez coquelinesque pour s'inspirer des portraits de Cyrano
(une "oblongue capsule" dit d'ailleurs le texte).
Il faut
encore citer parmi les interprètes du rôle: Romuald Joubé, plus
gascon, très ferrailleur; Signoret, minutieux, maître du maquillage,
mais moins à l'aise dans la prose et les costumes des pièces
modernes : Maxime Lery, bien disant; Charpin, d'origine
marseillaise, et donc, par sa nature, très méridional; Philippe
Damorès, solide et traditionnel; Saint Martin ainsi que Jean Dulac
dans les mêmes tournées.
Ragueneau
(M. Hinderickx)
En
janvier 1939, Cyrano, entra enfin au répertoire de la Comédie
Française. Il eut d'abord pour titulaire, André Brunot, le nouveau
doyen, qui le jouait en tournées et dans des galas de province
depuis 1924. Sa maîtrise technique, son art de dire les vers y
firent merveille. Il intériorisa son personnage, et ainsi
l'humanisa, le dépouilla de sa grandiloquence et l'embourgeoisa un
peu. Cela ne l'empêcha pas de remporter un vif succès ainsi que
Marie Bell dans le rôle de Roxane.
Puis on y entendit Pierre Dux (qui avait réalisé la mise en scène)
Jean Martinelli (qui en 1939 avait été Christian), Denis d'Inès qui,
sans avoir l'ampleur et la truculence du personnage, le burina dans
le masque et le fignola dans la diction. Quand la Comédie Française
laissa la pièce partir de son répertoire, elle reparut au Théâtre
Sarah-Bernhardt dans une mise en scène très originale et d'ailleurs
discutée en même temps qu'admirée de Raymond Rouleau (25 janvier
1956). Ce fut Pierre Dux qui incarna alors Cyrano. Cyrano est
vraiment, avec sa renommée théâtrale légendaire jamais démentie, le
type du personnage, transposé librement de l'histoire par le poète
et à quoi chaque grande interprétation apporta une couleur nouvelle.
Jean
Vilar et son TNP rêvaient de monter Cyrano, mais les droits étaient
trop chers, et il durent renoncer à l’entreprise. On rêvera
longtemps à ce qu’aurait pu donner Gérard Philippe affublé du nez de
Cyrano sous les étoiles d’Avignon.
Jean Piat
On
retrouve Cyrano à la Comédie Française en 1964, montée par Jacques
Charron avec Jean Piat dans le rôle titre. Succès considérable, à
nouveau. La pièce y sera jouée tous les ans jusqu’en 1972, avec des
représentations de gala en 1976!
Cyrano (Jacques
Weber)
On constate alors une petite pause … jusqu’en 1983, date d’entrée de
l’œuvre de Rostand dans le domaine Public.
On note la magnifique mise en scène de Jérôme Savary au théâtre
Mogador, avec Jacques Weber, qui composa un Cyrano exceptionnel de
sensibilité, en permanence à fleur de peau.
Dans le
programme de cette représentation, Jacques Crépineau estimait alors
à 14.000 le nombre de repré-sentations de Cyrano.
La même
année la pièce est donnée au Nouveau Théâtre de Besançon, par Denis
Llorca, et au Grenier de Toulouse par Maurice Sarrazin, avec Denis
Manuel.
En
1985, Jean-Claude Drouot joue et met en scène Cyrano à Reims. Son
spectacle d’«adieu» avant de devenir le directeur du Théâtre
National de Belgique.
Cyrano (Jean-Claude
Drouot)
Roxane (Sophie Barjac)
En
1990, deux énormes stars du Cyrano vont interpréter Cyrano:
Jean-Paul Belmondo au Théâtre Marigny dans une mise en scène de
Robert Hossein et Gérard Depardieu dans le film de Jean-Paul
Rappeneau.
1997 est
l’année du centième anniversaire. Paris va accueillir pas moins de
trois Cyrano de Bergerac en même temps. Si ce n’est pas cela le vrai
succès!
Le
premier des théâtres à afficher Cyrano est le théâtre du Ranelagh,
tout en bois, tout intime, tout poétique, qui se prête à merveille à
un Cyrano traditionnel bien qu'épuré de toutes les fioritures.
Henri Laarini, le metteur en scène, a voulu «débarrasser le texte de
ses ornements, de ses chamarrures (et) supprimer la plupart des
personnages secondaires (afin) de braquer les projecteurs sur les
quatre héros principaux: Cyrano, Roxane, Christian et de Guiche. Le
résultat de cette recherche est merveilleux et correspond à une
«vision contemporaine des choses de l'amour». L'acteur choisi par
Lazarini est plus célèbre dans le registre comique que tragique :
Patrick Préjean campe un merveilleux mais très modeste Cyrano,
romantique, profondément humain, pathétique. La troupe est très
jeune. Le décor tient en une rampe de lampes d'époque, éclairant un
immense album ancien dont les pages sont tournées au fur et à mesure
du déroulement de l'action, situant tour à tour l'Hôtel de
Bourgogne, la Carte du Tendre, les scènes de bataille et le couvent.
Cette trouvaille apporte la dimension épique à la pièce et lui
confère son atmosphère intimiste.
Le
deuxième en date des Cyrano parisiens d’anniversaire est joué au
Théatre Dejazet par Pierre Santini qui livre un Cyrano très original
puisque la mise en scène s'appuie sur la tradition de la comedia
dell'arte où le verbe est haut et un peu forcé et où l'imaginaire du
spectateur est mis à contribution.... la lune est omniprésente dans
la nuit sombre... Peu de décors, ceux-ci descendent du ciel... un
bac, une table, un balcon, la lune... tout est suggéré de la
grouillante et vivante boutique de Ragueneau à la calme retraite de
Roxane.
Et enfin,
pour cet anniversaire, c’est Francis Huster qui chausse le fameux
nez. Jérôme Savary, metteur en scène ne dédaignant pas de revenir
sur ses brisées, l'aborde pour la troisième fois en quinze ans. Le
premier essai qui fut un coup de maître, d'un Jacques Weber puissant
et inspiré. Les Allemands, quant à eux, ont vu la deuxième version,
plus dépouillée, en 1993, dans les ruines d'une église bombardée. Et
en fin Huster qui avoue courir après Cyrano pour ne pas manquer
Bergerac. «Jouer Cyrano en 1997, c'est jouer ''contre". Contre tous
ceux d'avant. Et pour Bergerac. Reste à savoir si ce n'est pas
Cyrano seul qui peut mener à Bergerac? Qu'il s'agisse du rôle de
Rostand ou du vrai Cyrano.» Francis Huster, est un Cyrano plutôt
cassé, mi-Gainsbourg, mi Dustin Hoffman. Ce qu'Huster nomme «un
Cyrano audacieux, certes, mais qui se départ enfin de la confiance
en lui légendaire et de la flamboyante bonne santé qu'on lui prête
depuis un siècle».
Parmi les
très nombreux interprètes des traductions étrangères, on citera Diaz
de Mendoz en Espagne, Alfredo de Sanctis en Italie, Lettinger en
Allemagne et Robert Lorain en Angleterre. Allemane, Espagne, Italie,
Angleterre; Pologne, dans toute l'Europe, Cyrano a enthousiasmé son
public. Le 14 mars 1931, la comédie de Rostand fut même joué à
Tokyo, au Théâtre impérial, en japonais.
Le
personnage a été dansé par Roland Petit dans sa version
chorégraphique, ballet réglé sur une partition de Marius Constant
(Alhambra, puis Théâtre des Champs-Elysées, 1959). Deux comédies
musicales ont été créées à Broadway, avant d’entamer des tournées
mondiales. A l'écran, le rôle de Cyrano fut interprété par Claude
Dauphin dans le film de Fernand Rivers (1946), puis par José Ferrer
dans une adaptation américaine réalisée par Michael Gordon (1951),
par Gérard Depardieu dans une réalisation de J. P Rappeneau (1990).
Sans oublier la magnifique version filmée pour la télévision de
Claude Barma en 1960, avec un génial Daniel Sorano dans le rôle
titre.
Cyrano
à Villers-la-Ville
Production Del Diffusion
Gérald Marti (Cyrano)
Et chez nous? La pièce a été beaucoup jouée ces dernières années.
Toujours avec un grand succès.
Claude
Volter a endossé le costume du gascon a trois reprises : en 1975 au
Centre Culturel d’Uccle, en 1986 au Passage 44 et enfin, dans une
version adaptée («Cyra-no m’était conté») en 2000.
En 1990,
Villers-la-Ville a accueilli la mise en scène de Daniel Scahaise
avec Gérald Marti dans le rôle titre.
Enfin,
nombreux sont ceux qui gardent en mémoire la très intelligente et
très originale version de Bernard de Coster au Théâtre National en
1981 (suivie de deux reprises et de nombreuses tournées).
Jean-Claude Frison fut ce Cyrano éclairé, jouant un gascon aux mille
facettes dans une scénographie très poétique.
Les Cyrano du XXème siècle
Tout reste à faire!
Gageons que la pièce restera un succès jamais démenti.
En Belgique, le premier Cyrano … cela aura été Philippe Résimont au
Château du Karreveld. Nous avons tout fait pour que cela reste un
mémorable souvenir.
Et, sans fausse
modestie, nous croyons y être parvenus.
Sophie Creuz n'a-t-elle pas parlé du...
..."Le plus beau Cyrano
qu'il ait été donné de voir"
Depuis le nôtre,
deux Cyrano ont déjà suivi... Au Théâtre Royal du Parc avec le
retour de Jean-Claude Frison et au Théâtre Royal des Galeries avec
Pascal Racan (spectacle choisi pour fêter les 50 ans de la Cie de
Galeries).
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