Le Dieu du Carnage

Château du Karreveld | en plein air

vendredi 03 septembre 2010 (20:30)
samedi 04 septembre 2010 (20:30)
dimanche 05 septembre 2010 (20:30)


 

Etre bobo aujourd'hui...

 

 

Les couples, mis en scène par Yasmina Reza, ressemblent furieusement à des bobos, ces personnages particuliers, ivres de paradoxes qui défendent l'idée de la paix pour leurs enfants et de la conciliation entre eux, avant de devenir violents et de dévoiler leur sincérité de surface et leur hypocrisie profonde.

  

Petite définition du bobo...

«Il lit Frédéric Beigbeder en franc ou en euro, s'habille chez GAP, mange bio, hait la mondialisation - tout en possédant un porte-feuille d'actions boursières - et jongle avec les paradoxes comme avec son Palm pilot : le bobo.

 

Bobo, c'est l'acronyme de «Bourgeois-Bohème», terminologie choisie par le journaliste américain David Brooks du New-York Times, afin de définir la génération montante «made in US». Pourtant, difficile d'être à la fois «conservateur, conformiste, fermé à la littérature et aux arts» (définition de bourgeois, dictionnaire Hachette) et dans le même temps «mener une vie irrégulière et désordonnée» (définition de bohème, dictionnaire Hachette)! Mais c'est dans ce joyeux compromis que s'épanouit notre bobo.

 

UN ANIMAL PARADOXAL

Question idéologie, le bobo est très «open»: contre le racisme, pour le droit d'adoption des homosexuels, pas macho. Toute nouvelle idée est bonne à prendre et à exploiter (rappel : Ne jamais faire comme tout le monde). Pour cela, il surfe des heures sur le net, persuadé de s'enrichir intellectuellement et de faire de bonnes affaires. Quand il aura constaté que tout le monde «shoppe» sur Internet, il retournera dans la boutique du coin de la rue et prônera le retour des petits commerces si sympathiques et humains.

 

Un point marquant de son éducation est son culte de la forme naturelle : avoir la santé grâce à un subtil dosage de soja et de tofu bio. C'est là qu'apparaît le drame de cet animal qui se voudrait si différent : comme un consommateur lambda, il n'a pas résisté aux sirènes des idées toutes faites et au biomarketing. D'ailleurs c'est là son drame! Malgré tous ses efforts pour paraître différent, le bobo reste désespérément «humain». Le bobo se rêve un personnage qui le dépasse. À force de s'inventer, il apparaît comme un nouveau riche pas très révolutionnaire, un écolo moderne qui aimerait concilier nouvelle économie et profit avec culture de son jardin et commerce équitable... Un doux utopiste en somme. C'est Candide chez les Réalistes !

 

LE BOBO EST MORT, VIVE LE FURITA

D'ailleurs, cet être fragile en perpétuelle évolution a du souci à se faire : être bobo, c'est «out» ! Maintenant pour être «in», il faut être «Furita» !

 

Ce nouveau mode de vie nous vient directement du Japon. Lassé par une économie en panne et une idéologie productiviste datant des années 60 - 80 encore bien ancrée dans les esprits, les 15 - 29 ans tentent de révolutionner les institutions. Pour 40% d'entre eux, le travail est un moyen simple de gagner sa vie et non plus une fin en soi. Le salarié modèle en costume-cravate gris, c'est t-e-r-m-i-n-é !

 

Les jeunes Japonais sont en rupture avec le modèle dominant. Ce qui compte à leurs yeux, c'est de vivre en adéquation avec leurs envies, quitte à vivre modestement. Les meilleurs diplômés acceptent des emplois précaires de serveurs, travaillent 6 mois, puis partent 6 mois à la découverte du monde. On les appelle les Furita, de l'anglais «free» (libre) et de l'allemand «arbeit» (le travail). Ils seraient déjà 1,7 million dans le pays selon les statistiques officielles. Fustigés par certains qui regrettent la perte du sens de l'effort, les Furitas pourrait bien débarquer rapidement en France.

 

Vivre en harmonie avec soi, découvrir l'autre, une philosophie de vie plus enrichissante que de se regarder le nombril en s'assommant de questions pseudo-existentielles.

 

Anne de Kinkelin, Grain de sable