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Crâne d'Oeuf a 10 ans, est à l'hôpital
pour enfants en phase terminal d'une leucémie, entouré d'une bande
de copains aux maladies toutes plus enviables les unes que les
autres. Ses parents sont des cons et des lâches qui ne le
comprennent pas, et son médecin est déçu: Oscar est un obstacle à la
médecine et à l'espoir médical.
Tout cela pourrait paraître bien peu
réjouissant, si Oscar n'avait fait la rencontre de Mamie-Rose,
visiteuse d'enfant tellement âgée qu'elle en est périmée, ancienne
catcheuse au coeur gros comme une barbapapa, qui lui a conseillé
d'écrire à Dieu.
Ce concentré de bonheur est la compilation des
10 lettres d'Oscar à Dieu, issues toutes droites de l'imagination d'Eric-Emmanuel
Schmitt.
Ces lettres d'Oscar sont écrites avec les mots et les maux du petit
garçon qu'il est. S'adressant à Dieu: "Écrire,
c'est rien qu'un mensonge qui enjolive. Un truc d'adultes. La
preuve? Tiens, prends le début de ma lettre : "Je m'appelle Oscar,
j'ai dix ans, j'ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je
crois même que j'ai grillé les poissons rouges) et c'est la première
lettre que je t'envoie parce que jusqu'ici, avec mes études, j'avais
pas le temps", j'aurais pu aussi mettre : "On m'appelle Crâne
d'Oeuf, j'ai l'air d'avoir sept ans, je vis à l'hôpital à cause de
mon cancer et je ne t'ai jamais adressé la parole parce que je crois
même pas que tu existes."".
Bien loin d'une approche facile où Dieu apparaît sur demande pour
résoudre tous les soucis, guérir toutes les maladies et j'en passe,
Schmitt s'est vraiment appliqué à introduire le lecteur dans la tête
de Crâne d'Oeuf, avec les mêmes pensées et les mêmes idéaux que nous
pouvions avoir à son âge: c'en est bluffant tellement on s'y croit!
Plus encore que l'approche de la religion, c'est une vraie leçon de
vie qui nous est donnée, modeste et libre d'accès. De plus, grâce à
une brillante idée, Schmitt, via Marie-Rose, permet à Oscar, donc à
nous, de vivre une vie entière en dix jours!! Le tout est tellement
bien écrit et exploité que l'on est reste coincé entre un franc
sourire (l'humour y est fin et fort à la fois) et une réelle
admiration.
Le sentiment est aussi profondément au rendez-vous. A moins de
rester très distant par rapport à l'histoire, la dernière lettre
vous fera très certainement verser des larmes de crocodiles...
"Le jour où je suis revenu de l'école en
leur disant qu'il fallait arrêter de déconner, que je savais, comme
tous mes copains, que le Père Noël n'existait pas, ils avaient l'air
de tomber d'un nuage. Comme j'étais plutôt furax d'être passé pour
un crétin dans la cour de récréation, ils m'ont juré qu'ils
n'avaient jamais voulu me tromper et qu'ils avaient cru, eux,
sincèrement, que le Père Noël existait, et qu'ils étaient déçus
d'apprendre que ce n'était pas vrai! Deux vrais tarés, je vous dis,
Mamie-Rose!"
La fable est
émouvante, spirituelle, aux deux sens du terme. On sourit aux
facéties du gamin, qui nous donne une leçon de vie, tout en nous
interrogeant sur les grandes questions de l'existence: le bonheur,
la mort, l'au-delà, l'amour…
Eric-Emmanuel Schmitt
signe ici un prodigieux conte métaphysique sur la souffrance et la
lâcheté. Un conte pour réconcilier le matérialisme athée avec
l'espoir de la foi. Pour faire comprendre à tous ceux qui en doutent
que «la maladie, c'est comme la mort. C'est un fait. Ce n'est pas
une punition». Audacieux, et sacrément plus efficace qu'une thèse ou
de beaux discours. On devrait faire lire ce petit texte à tous ceux
qui, de près ou de loin, croisent un hôpital sur leur route.
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