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En quelques mots L'IRRÉVERSIBLE SOUFFRANCE DU NON-DIT Ce silence-là n'est pas un beau silence chargé de sens et d'émotions, c'est le silence-chape de plomb sur "ce qui ne se dit pas" par convention, par habitude, par lassitude… pour toutes sortes de mauvaises raisons.
Laurent Ancion (Le Soir) nous parle du spectacle: "On peut passer sa vie à côté de quelqu’un. Et quand il n’est plus là, on se rend compte qu’on a oublié de lui dire quelque chose. Combien n’éprouvent pas ces regrets, ces impressions de ne pas en avoir assez dit malgré les flots de paroles échangées? Pietro Pizzuti n’a pas voulu attendre qu’il soit trop tard. L’artiste, à l’aise à l’écrit comme à l’oral, compose Le silence des mères. Une pièce dédiée aux secrets de famille. De gauche à droite: Christine Delmotte (Metteur en scène), Nicole Vaberg (La mère), Farida Boujraf, Valérie Bauchau (La fille), Ana Rodriguez, Suzy Falk (Bio) A bout portant, on se retrouve le nez sur un lit d’hôpital où gît Lucie (Valérie Bauchau), veillée par sa mère (Nicole Valberg). Lucie a subi un examen sérieux, mais ce qui inquiète sa mère, c’est qu’elle s’apprête à quitter son homme. La mère répète inlassablement ses règles: «Tu ne trouveras pas mieux dans le pré du voisin», «La femme est la terre sur laquelle pousse le jardin de la famille», etc. La salle rit: en matière de «silence des mères», celle-ci est très bavarde. La fille s’épuise. Dans sa fatigue, le sujet de la pièce surgit: ce n’est pas parce qu’on cause beaucoup qu’on dit l’essentiel." Mère: Voilà ! Ils m’ont dit que… Fille: Mais tu m’as dit que tu n’en savais rien ! Mère: Si tu me laisses pas parler , comment veux-tu que je te raconte? Fille: Parle alors, si tu sais , c’est ce que je te demande depuis tout à l’heure. ! Mère: Eh bien «qu’il valait mieux…pour nettoyer…» voilà ce qu’ils ont dit: «Pour nettoyer, c’était mieux de l’enlever», ils ont dit ça et ils l’ont enlevée. Même s’ils avaient dit qu’ils n’y toucheraient pas… ils ont trouvé que ce n’était pas propre et ils l’ont enlevée pour nettoyer. C’est très clair! Tu vois? Cinq personnages, cinq femmes en scène : la fille (Valérie Bauchau), la mère (Nicole Valberg), la femme qui chante - la passeuse - celle qui apaise les souffrances (Farida Boujraf), l’Ombre- Ana Rodriguez, et cette «jeune comédienne de 84 ans», l’immense Suzy Falk pour laquelle Pietro Pizzuti a écrit le personnage de Bio. Elle y est fabuleuse, pathétique, avec ses émotions, sa drôlerie et son accent des Marolles. Bio: Ben alors! Regarde-moi ça un peu? Et ça va? la mère fait un léger signe de la tête Bio: Quoi? Ouais. On fait avec, hein! C’est sûr ça! Tiens! C’est sûr! Faut bien! Nom d’un potverdekke hein! Je savais pas oùsque vous étiez, moi. Ca ne sait pas être d’avoir manqué vous chercher, pourtant. Même que j’ai dit à Léon de chercher après votre adresse chez maître Guilmain , l’autre-là qui avait fait tous les papiers au temps où vous avez pris… je veux dire au temps où je vous ai donné.. enfin où vous vous êtes occupée de…. Qui est cette curieuse femme des abords de la rue Haute ou Blaes? Qu’est-ce qui l’a incité à venir voir la mère presque en phase finale de sa vie? Qui est-elle? C’est bien ici que se dessine et se précise le suspense. Ne déflorons pas l’histoire imaginée par Pietro Pizzuti, mais je puis vous assurer que les deux derniers tableaux de sa pièce avec la mère et Bio constituent un véritable coup de théâtre. Bio: Je suis venue pour être là avec vous, savez. Pas pour rien que ce soit d’autre. Parce que vous êtes comme vous êtes tiens, ma brave dame. Vous dire merci du fond de tout mon cœur à moi…Allez ça peut se faire quoi. Je veux dire ça doit. Vous n’êtes pas toute seule tout de même? J'veux dire au monde, Si? Valérie Bauchau est d’une beauté grave. Elle exprime remarquablement – et ce sans bouger- le désordre qui est en elle, la douleur aussi. Nicole Valberg, la mère intarissable, est touchante dans son approche auprès de sa fille. Cette mère entend-elle vraiment ce que lui confie sa fille ? La rencontre de Bio, Suzy Falk, et de la mère est d’une grande force dramatique sous des apparences au départ drolatiques et insolites. Un personnage surprenant et démonstratif. C’est magnifique de voir l’amitié et la complicité qui existe entre ces trois comédiennes de grand talent. Et pour ne rien oublier, admirons la discrétion de la chanteuse qui entre en scène sur la pointe des pieds et s’installe sur un banc placé à la perpendiculaire du lit d’hôpital. Sa voix est superbe ainsi que les chants dont elle est l’auteur: «Méandres 1» et «Méandres 2». Elle interprète également «Jaya» (chant d’Inde), «Le berger» (Troubadour des Pouilles). Christine Delmotte a réalisé une mise en scène faite de tendresse, de douceur, d’humanité, d’intelligence et de modestie, de bon sens, de lucidité, du plaisir enfin de travailler avec ces cinq comédiennes. Magnifiquement conseillée par Laurent Beumier, elle a choisi une œuvre de J.S. Bach pour illustrer certaines séquences de la pièce : «Aria» de la Kantate n° 58 («Ach Gott, wie manches Herzeleid) . Ces chants et musiques créent une ambiance à la fois paisible et poétique.
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