|
|||||
|
||
|
Pietro Pizzuti au sujet de sa pièce Pietro Pizzuti est l’auteur de cette pièce grave et d’une beauté profonde. Un formidable acteur et metteur en scène bien connu. Mais il est aussi écrivain et dramaturge. Son univers particulier se déploie ici dans une pièce à suspense et à surprise. Christine Delmotte (metteuse en scène): La mise en crise de ce noyau familial nous prend littéralement au ventre : nous y reconnaissons nos propres relations viciées, tout au moins pour certains d’entre nous.. Mais la très grande qualité également de Pietro Pizzuti, c’est qu’il nous fait passer du rire aux larmes avec doigté et finesse. Le thème principal de la pièce aborde les rapports familiaux placés sous la loupe et racontés avec tendresse malgré le poids terrible des secrets. Il est donc question d’une femme qui va peut-être mourir, ou plus exactement de deux femmes condamnées à mourir. C’est un moment de vie où les rapports humains s’exacerbent Mère: Voilà! Ils m’ont dit que… Fille: Mais tu m’as dit que tu n’en savais rien ! Mère: Si tu me laisses pas parler , comment veux-tu que je te raconte? Fille: Parle alors, si tu sais , c’est ce que je te demande depuis tout à l’heure! Mère: Eh bien «qu’il valait mieux… pour nettoyer…» voilà ce qu’ils ont dit : «Pour nettoyer, c’était mieux de l’enlever», ils ont dit ça et ils l’ont enlevée. Même s’ils avaient dit qu’ils n’y toucheraient pas…ils ont trouvé que ce n’était pas propre et ils l’ont enlevée pour nettoyer. C’est très clair! Tu vois?
C’est très certainement en observant et en aidant ces nombreux patients à l’hôpital qu’il a pu trouver ces accents de vérité et d’humanité pour ses personnages. Pietro Pizzuti: Le catalyseur est le fait que mes personnages à un moment donné sont piégés par ce qui les lie au niveau des affects familiaux surtout. C’est une constante. «Le silence des mères» est en quelque sorte mon regard sur cette espèce de perpétuation aveugle, naïve, redoutable et fascinante de la famille à travers la femme, de la procréation de l’espèce à travers la femme, du modèle familial. C’est cette relation qui a été le moteur de mon écriture, le silence d’une mère à l’autre, le non-dit d’une mère à l’autre. Le «silence» ici dans cette pièce, en tous cas dans le titre, est bien entendu ironique. il est ironique car cette mère n’arrête pas de parler. Et ce silence, on le souhaite à un moment donné. On le souhaite quand il est positif, quand il pourrait arriver pour aérer, pour approfondir. Et quand on ne le souhaite pas, il arrive parce qu’on ne répond pas. De ce fait, il est toujours en porte à faux, jamais là où on l’attend. Elle n’arrête pas de parler alors qu’on voudrait l’entendre écouter, ne fût-ce que pour laisser parler. Elle est muette parce qu’elle n’est pas capable de répondre. Elle n’arrive pas à répondre, elle a «le silence des mères». Fille: Tu n’as besoin de rien? Mère: Mais non, qu’est-ce qui te prend? Fille: Pas une petite fringale? elle sort de son paquet deux merveilleux Mère: Tu crois que je peux! Oh là, là, il ne fallait pas me faire ça. Même si je ne peux pas , c’est trop dur de résister , c’est plus dur que de supporter la douleur… Fille: La douleur? Quelle douleur? Tu as mal? Tu vois que tu as mal.
Pietro Pizzuti: J’ai l’impression qu’on apprend dans le silence. On apprend à se taire, à mordre sur sa chique dans la violence du silence, dans le refus la volonté de ne pas le faire. Comme si la seule issue était de se taire et de créer le non-dit. Et puis à un moment donné, elles ne peuvent plus se taire. Cet apprentissage-là passe forcément par des rapports de tension terrifiants. Fille: Oh ma maman… pourquoi je n’ai pas pris le temps de…je… Mère: Ne dis pas ça. Fille: Et maintenant… Mère: Du temps, nous en avons encore devant nous, nous le prendrons ensemble. Tu verras. Fille: Trop tard.
|