EVENEMENT

En 2008, le Festival

 Bruxellons!

fêtera sa

10ème

édition
La création du festival 2008
L'île des
Esclaves
La comédie la plus drôle de Marivaux

Extraits

A onze ans, j’ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes. Mon cochon, c’était une tirelire en porcelaine vernie, couleur de vomi , avec une fente qui permettait à la pièce d’entrer mais pas de sortir. Mon père l’avait choisie, cette tirelire à sens unique, parce qu’elle correspondait à sa conception de la vie : l’argent est fait pour être gardé, pas dépensé.

Moïse:  Il y avait deux cents francs dans les entrailles du cochon. Deux cents francs, c’était le prix d’une fille, rue du Paradis. C’était le prix de l’âge d’homme.
Les premières, elles m’ont demandé ma carte d’identité. Malgré ma voix, malgré mon poids, j’étais gros comme un sac de sucreries, elles doutaient des seize ans que j’annonçais; elles avaient dû me voir passer et grandir, toutes ces dernières années, accroché à mon filet de légumes.
Au bout de la rue, sous le porche, il y avait une nouvelle. Elle était ronde, belle comme un dessin. Je lui ai montré mon argent. Elle a souri.
La pute: Tu as seize ans, toi ?
Moïse: Ben ouais, depuis ce matin… 

 Momo: On est montés. J’ y croyais à peine; elle avait vingt-deux ans, c’était une vieille et elle était toute pour moi. Elle m’a expliqué comment on se lavait, puis comment on devait faire l’amour…
Evidemment, je savais déjà mais je la laissais dire, pour qu’elle se sente plus à l’aise, et puis j’aimais bien sa voix, un peu boudeuse, un peu chagrinée. Tout le long, j’ai failli m’évanouir. A la fin, elle m’a caressé les cheveux, gentiment, et elle a dit :
-Il faudra revenir, et me faire un petit cadeau.
Ca a presque gâché ma joie, j’avais oublié le petit cadeau. Ca y est, j’étais un homme, j’avais été baptisé entre les cuisses d’une femme.

Momo: C’est quoi le Croissant d’Or?
J’avoue que toute la nuit, j’avais imaginé monsieur Ibrahim assis sur la point d’un croissant d’or et volant dans un ciel étoilé.
Monsieur Ibrahim: Cela désigne une région qui va de l’Anatolie jusqu’à la Perse, Momo.
Le lendemain, j’ajoutai en sortant mon porte-monnaie: Je ne m’appelle pas Momo mais Moïse.
Le lendemain, c’est lui qui ajouta: Je sais que tu t’appelles Moïse, c’est bien pour cela que je t’appelle Momo, c’est moins impressionnant.
Le lendemain, en comptant mes centimes, je demandai: Qu’est-ce que ça peut vous faire à vous? Moïse, c’est juif , c’est pas arabe.
Je ne suis pas arabe, Momo, je suis musulman.
Alors, pourquoi on dit que vous êtes l’Arabe de la rue, si vous êtes pas arabe?
Arabe, Momo, ça veut dire «ouvert de huit heures du matin jusqu’ à minuit et même le dimanche» dans l’épicerie.
Ainsi allait la conversation.

Momo: Comment vous faites, vous, pour être heureux Monsieur Ibrahim?
Monsieur Ibrahim: Je sais ce qu’il y a dans mon Coran.
Momo: Faudrait peut-être qu’un jour je vous le pique , votre Coran. Même si ça se fait pas, quand on est juif.
Monsieur Ibrahim: Bah, qu’est-ce que ça veut dire pour toi Momo : être juif?
Momo: Ben j’en sais rien. Pour mon père, c’est être déprimé toute la journée. Pour moi…c’est juste un truc qui m’empêche d’être autre chose.

Brigitte Bardot: Bonjour Monsieur. Est-ce que vous auriez de l’eau?
Monsieur Ibrahim: Bien sûr, mademoiselle.
Et là, l’inimaginable arrive: Monsieur Ibrahim va lui-même chercher une bouteille d’eau sur un rayon et la lui apporte.
Brigitte Bardot: Merci Monsieur. Combien je vous dois?
Monsieur Ibrahim: Quarante francs, mademoiselle.
Elle en a un haut-le-corps la Brigitte Moi aussi. Une bouteille d’eau ça valait deux balles à l’époque, pas quarante.
Brigitte Bardot: Je ne savais pas que l’eau était si rare, ici
Monsieur Ibrahim: Ce n’est pas l’eau qui est rare, mademoiselle, ce sont les vraies stars.

Momo: Alors , c’est quand que vous m’adoptez monsieur Ibrahim?
Monsieur Ibrahim: Mais dès demain si tu veux, mon petit Momo..

Momo: Ici ça sent le cierge, c’est catholique.
Monsieur Ibrahim: Oui, c’est Saint-Antoine .
Momo: Là ça sent l’encens, c’est orthodoxe. .
Monsieur Ibrahim: C’est vrai, c’est Sainte-Sophie .
Momo: Et là ça sent les pieds, c’est musulman. Non, vraiment là, ça pue trop fort .
Monsieur Ibrahim: Quoi! Mais c’est la mosquée Bleue. Un endroit qui sent le corps, ce n’est pas assez bien pour toi? Parce que toi, tes pieds, ils ne sentent jamais? Un lieu de prière qui sent l’homme, qui est fait pour les hommes avec des hommes dedans, ça te dégoûte?

Monsieur Ibrahim: Momo, bientôt nous rejoindrons la mer d’où je viens.
Momo: Où elle est cette mer dont vous venez monsieur Ibrahim?Montrez-moi sur la carte .
Monsieur Ibrahim: Ah , ne m’embête pas avec tes cartes, Momo, on n’est pas au lycée ici.
On s’est arrêtés dans un village de montagne.
Monsieur Ibrahim: Je suis heureux Momo. Tu es là et je sais ce qu’il y a dans mon Coran. Maintenant, je peux t’emmener danser!
Momo: Danser, monsieur Ibrahim?
Monsieur Ibrahim: Il le faut. Absolument. «Le cœur de l’homme est comme un oiseau enfermé dans la cage du corps». Quand tu danses, le coeur, il chante comme un oiseau qui aspire à se fondre en Dieu. Viens, allons au tekké .
Momo: Au quoi ?