Shirley Valentine est avant tout une grande comédie. Une comédie subtile car l’auteur fait naître en nous une profonde tendresse pour cette femme dont il se moque avec notre complicité. On rit aux éclats pendant une heure trente jusqu’au moment où l’on ressent l’envie de la serrer dans nos bras, fiers de son choix que nous ne sommes pas toujours capables de faire. Shirley Valentine est une mère de famille de Liverpool qui vient de dépasser la quarantaine. Rien de plus commun.
Sans le savoir, elle s’achemine doucement vers une des charnières de la vie. Le moment où pour beaucoup de femmes, le métier de mère se réduit en pratique à une occupation à temps partiel : les enfants de Shirley, deux jeunes adolescents anglais en recherche d’identité, ont quitté le domicile familial pour voler de leurs propres ailes. Le plus souvent, elle est donc seule chez elle et parle. Elle parle beaucoup. Avec son mur. Non sans ironie et autodérision, elle converse avec lui de sa vie actuelle, de ses manques, de ses rêves inassouvis… Elle lui avoue aussi que sa voisine du dessus, qui est aussi sa meilleure amie, a gagné des vacances de deux semaines en Grèce, all inclusive pour deux. Elle a invité Shirley à l’accompagner… Que faire, hein le mur ? Et bien elle va se lancer, Shirley. Elle va partir. Mais elle assume. Avant de partir, elle préparera à manger à son homme pour les deux semaines et lui laissera un mot – non, lui dire de vive voix c’est encore trop difficile – mentionnant tout simplement : « Partie en Grèce. Reviens dans deux semaines ». Cela a l’avantage d’être clair, hein le mur ? Le temps de vérifier quinze fois si elle a son passeport, son visa, son argent, …
Rien ne va se passer comme prévu. Quoique. Sa copine va se trouver un amant dès l’avion, abandonnant Shirley à son triste sort : se rendre seule à son hôtel. Quelques jours plus tard, sur la plage, elle rencontrera Costa, un homme qui la considérera comme une femme. Elle comprendra ce que c’est être une femme dans les bras d’un homme. Elle parle alors de sa vie future avec le rocher … en attendant son mari à qui elle a envoyé une lettre lui demandant de la rejoindre. Il viendra, tu crois, le rocher ?
Willy Russell
En Belgique ou en France, bien peu connaissent cet auteur anglais, hormis les spécialistes de théâtre. Et pourtant, de l’autre côté de la Manche, il est l’un des créateurs contemporains parmi les plus connus et les plus reconnus… Deux de ses pièces ont été de très gros succès.
La première, Educating Rita, une commande de la prestigieuse institution RSC (Royal Shakespeare Company) est en fait une version moderne du mythe de Pygmalion. Il s’agit d’une comédie qui à première vue semble plutôt légère, mais aborde de sérieux sujets de société dont les principaux sont la place de la culture dans la société et l’accès à cette culture par une certaine tranche sociale de la population. Il est aussi question de l’abrutissement général causé par la pub omniprésente de nos jours et les médias de masse en général. Mais Rita, une jeune coiffeuse pour dames sans éducation ni culture qui veut absolument changer de vie, refuse de se complaire dans cette vie et tente de prendre les choses en main pour en sortir. Rita, lors de son apprentissage, rompt petit à petit avec son entourage. Elle ne supporte plus les conversations de ses clientes du salon de coiffure, de son mari, mais en même temps elle a du mal à intégrer le milieu plus intellectuel.
La seconde, Shirley Valentine, a été un immense triomphe à Londres où elle a tenu l’affiche plus de trois ans. Ici aussi, l’auteur raconte l’histoire d’une femme qui veut infléchir le sens de sa vie. Et même s’il s’agit de la pièce la plus drôle de Russell, l’émotion est omniprésente. En fait, plus on rit, plus on est ému. La pièce a été la meilleure pièce anglaise de 1988 et Pauline Collins qui a créé le rôle de Shirley a été nommée meilleure actrice de l’année.
Chez nous, la pièce a été créée au Rideau de Bruxelles en 1988, dans une adaptation de Denyse Périez et une mise en scène d’Adrian Brine. Ici encore la pièce a rencontré un énorme succès et a été jouée trois années consécutives. Francine Blistin, qui a créé en français à cette occasion le rôle de Shirley, a reçu l’Eve du Théâtre 1989 de la Meilleure Comédienne .
Son triomphe se joue sans interruption à Londres depuis 20 ans Mais Willy Russel est un artiste qui touche à tout. Au-delà de la littérature et de l’écriture dramatique, il est passionné de musique et est même un compositeur de talent. A ce titre, il a créé une comédie musicale dont il a conçu le livret, composé la musique et écrit les paroles des chansons… Ce"musical", Blood Brothers (Frères de sang), se joue sans interruption à Londres depuis juillet 1988, soit depuis vingt ans. Ici encore, une histoire de femme en lutte pour ne pas voir sombrer ses illusions. Mais nous ne sommes plus dans une comédie. Mrs Johnstone, qui avait toujours rêvé d’être Marylin Monroe, tombe enceinte de son septième enfant dans l’Angleterre pauvre de l’époque de Margareth Thatcher. A ce drame s’en rajoute un autre : le médecin lui annonce qu’elle attend des jumeaux. Elle ne pourra assumer financièrement ces deux bouches à nourrir et doit se résoudre à céder l’un de ses deux bébés à la femme chez qui elle fait des ménages, Mrs Lyons. Ces deux enfants grandiront dans des univers opposés sur l’échiquier économique mais tomberont par le fruit du hasard, en amitié, devenant même ‘frères de sang’. Mrs Lyons déménagera pour soustraire son fils à l’influence de son frère caché. Mais vingt ans plus tard, les deux jumeaux se retrouveront dans le sang et dans la mort.
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